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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 11:36

JE M'ABONNE

S'IDENTIFIER

Eparpillée, la politique française va devoir se recomposer
David Desgouilles
Blogueur et romancier.

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François Baroin, Marine Le Pen et Jean-Christophe Cambadélis. SIPA. 00806011_000006 / AP22046324_000031 / 00811569_000010

Les administrateurs de l’Assemblée nationale sont soulagés. Aucune salle ne pouvait accueillir plus de 400 députés, nombre qui était promis au futur groupe LREM par les sondages depuis une semaine. On peut imaginer qu’Emmanuel Macron ressente aussi un soulagement. Un tel groupe pléthorique aurait généré un joyeux « foutoir », terme prêté au président lui-même. Avec une majorité absolue d’une vingtaine de sièges, et le renfort du groupe Modem, la majorité présidentielle compte à peu près le même nombre de députés que celle de l’UMP en 2002, après la victoire de Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen.

La guerre des LR aura-t-elle lieu?

Comme la semaine dernière, l’abstention a battu des records. Elle a atteint presque 57%. Il semble que les prévisions de majorité massive aient démobilisé les électeurs du parti présidentiel, soit qu’ils aient considéré que l’affaire était déjà dans le sac, soit qu’ils aient souhaité modérer l’ampleur de la victoire. On craignait qu’il n’y ait pas de véritable opposition organisée à l’Assemblée nationale. Des questions se posaient et continuent de se poser sur les députés issus de LR. Y aura-t-il un groupe ou deux, une scission intervenant entre ceux qui sont décidés à ne pas voter la confiance à Edouard Philippe et ceux qui sont tentés de le faire ?

L’autre vainqueur de ce second tour est incontestablement Jean-Luc Mélenchon. Le nouveau député des Bouches-du-Rhône devrait pouvoir former un groupe parlementaire ne dépendant pas du PCF. C’était exactement son objectif avant de démarrer la campagne de la France insoumise pour ses élections législatives.

Grand-huit du FN, zéro pointé pour Philippot

Quant au FN, il échoue à la constitution d’un groupe. Il obtient toutefois davantage de sièges (8) que ce qui lui était promis cette semaine (3 à 4). Il est intéressant de se pencher sur la composition des nouveaux députés FN. La garde philippotiste est la véritable perdante puisque Florian Philippot lui-même, son frère Damien, Sophie Montel et Kévin Pfeffer ont été battus. Pour compenser, il semble bien que la majorité penche vers le FN du Nord, davantage sur la ligne social-souverainiste donc, par rapport à celui du Sud. Marine Le Pen est élue pour la première fois député dans le Pas-de-Calais. Mais elle doit quitter une présidence de groupe à Strasbourg pour siéger parmi les non-inscrits au Palais-Bourbon, ce qui signifie que ses moyens de peser hors de la salle des quatre colonnes seront réduits à peau de chagrin. Elle aura en tout cas fort à faire pour empêcher qu’une guerre sans merci oppose Florian Philippot à ses nombreux adversaires. En aura-t-elle la possibilité ? En aura-t-elle seulement l’autorité ? Son score confortable (56,8%) à Hénin-Beaumont peut l’y aider.

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Les personnalités battues au second tour © AFP Frédéric BOURGEAIS

Enfin, le PS et ses alliés parviennent à conserver une grosse quarantaine de sièges, ce qui n’est pas si mal, si l’on considère son poids d’aujourd’hui dans l’électorat. Mais ses élus seront de deux catégories : ceux – les plus nombreux – qui doivent leur élection à la mansuétude d’Emmanuel Macron à leur égard, en ne leur opposant pas de candidat. Et ceux qui ne lui doivent rien, en battant parfois un candidat LREM. Ces derniers semblent aujourd’hui, alors qu’ils sont minoritaires, les plus vindicatifs. Là encore, est-il envisageable que les uns votent la confiance et d’autres pas ? Une telle cohabitation est-elle possible entre ces deux catégories d’élus dans un même groupe ?

La prochaine configuration des groupes parlementaires donnera quelques indications sur les lignes de force, en vue des futurs congrès de partis, en particuliers ceux de LR, du FN et du PS. C’est à ce moment-là qu’on pourra alors dessiner les contours de certaines recompositions. Pour l’heure, la décomposition semble avoir atteint son niveau maximum
Published by Un Sage
17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 16:25
Et dont on ne savait presque rien
Roland Hureaux
est essayiste.

Bien que 60 % des Français, selon les sondages, ne veuillent pas que le nouveau président ait la majorité, il y a peu de chances que la vague En Marche soit amortie au second tour des élections législatives, sur fond de résignation et d’abstentions encore plus nombreuses qu’au premier tour. Certains envisagent même que LREM rafle tous les sièges de la nouvelle Assemblée. Il est en tous les cas surprenant de voir que les candidats En Marche, inconnus pour la plupart, soient en tète aussi bien à Aubervilliers que dans le 7e arrondissement.

Ici, les électeurs de droite votent En marche pour se débarrasser des caciques de droite qu’ils ont trop vus. Là les électeurs de gauche votent En Marche pour ne plus voir des caciques de gauche trop usés. Les uns croient qu’En marche est une droite moderne, les autres qu’elle est une gauche moderne. Mais il y a fort à craindre que cette apparente convergence du vote de quartiers ou de régions de France que tout sépare ne recouvre un immense malentendu.

Malentendu sur les hommes (et les femmes)

Malentendu sur la qualité des hommes : les électeurs veulent donner un « grand coup de balai » à une classe politique qu’ils imaginent corrompue : place aux jeunes ! Rien ne laisse pourtant supposer que les nouveaux soient plus vertueux que les anciens. Les affaires que l’on signale ici ou là au sujet de certains, en sus de l’affaire Ferrand laissent craindre le contraire. Mais le crédit fait aux macronistes est tel que personne ne veut entendre ces signaux. Qui pourrait croire que, parmi 577 candidats recrutés çà et là, à la va vite, hors des cercles politiques et donc sans visibilité antérieure, ne se glissent quelques aigrefins ? En tous les cas beaucoup de médiocres. D’autant que l’adhésion à ce mouvement n’exige aucune conviction précise. Rien de commun avec la vague de 1959 qui avait subi l’épreuve de la Résistance ou à celle de 2002, longuement mûrie dans le giron des mandats locaux : celle-là vient de nulle part.

Au vu des exemples que l’on entraperçoit ici ou là, tout laisse penser que le niveau des élus de la nouvelle vague (ou tel grand mathématicien emblématique) sera très inférieur à celui des sortants, pourtant pas mirobolant lui non plus. Beaucoup de candidats En marche, en tête au premier tour, refusent les débats de second tour de peur d’y perdre la face. Leurs prestations publiques sont souvent lamentables. A part quelques vieux chevaux de retour du centrisme comme Jean-Louis Bourlanges ou Marielle de Sarnez qui, après des années aux marges ont trouvé là une occasion inespérée d’émerger, la plupart des nouveaux élus n’ont pas d’expérience de la vie parlementaire. Cela promet de beaux pataquès. Ils s’y feront, dit-on, ce qui veut dire qu’ils sauront bien vite revenir aux ornières.

Malentendu sur les projets

On compare volontiers cette vague à celle qui avait suivi l’élection du général de Gaulle en 1959 ou de François Mitterrand en 1981. Mais De Gaulle savait ce qu’il allait faire. Mitterrand devait appliquer le programme commun de la gauche. A part la réforme du code du travail et la prétendue moralisation de la vie politique dont personne n’espère rien, et peut-être un peu plus tard la fort contestable procréation médicalement assistée (PMA) pour couples homosexuels, qui peut dire ce qu’on peut attendre de la nouvelle majorité ? Au vu du programme du nouveau président, à quelques mesures cosmétiques près, rien ne laisse pressentir autre chose qu’un quinquennat Hollande bis. Tout le contraire du renouvellement attendu. Peut-être beaucoup des nouveaux députés imaginent-ils pouvoir, par un changement d’« esprit », porter remède à l’immense malaise des Français. Mais que savent-ils des raisons de ce malaise ? Combien d’entre eux ont une connaissance assez fine de la chose publique pour en analyser les causes ? Le président lui-même l’a-t-il ?

Il est à craindre au contraire que, partageant de manière assez imprécise le souci de faire du neuf, la plupart ne soient prisonniers des archétypes idéologiques soi-disant modernes qui sont, dès qu’on les étudie un à un la principale cause des maux dont souffrent nos compatriotes ? Plus d’intercommunalité et de décentralisation alors que les maires et les contribuables en sont accablés ? Plus d’Europe pour résoudre le chômage et simplifier les réglementations ? Plus d’ouverture à l’autre pour prévenir le terrorisme ? On ajouterait plus de pédagogie pour résoudre l’illettrisme, si le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, n’avait pris quelques mesures de bon sens plutôt rassurantes dans ce climat de déraison généralisée où nous nous trouvons : retour au redoublement, au latin, aux classes d’élite dites bilingues – pas question en revanche de remettre en cause la méthode globale, la plus grande des folies. Mais précisément ces mesures montrent que seul est populaire et efficace ce qui apparaît rétrograde par rapport aux modes. Et il en est ainsi dans presque tous les domaines. Ce qu’attendent en réalité les Français : tout le contraire du macronisme. Macron ne réussira qu’en faisant de l’anti-Macron.

Neuilly et Saint-Denis, même combat?

Reste le malentendu sur les orientations sociales du nouveau gouvernement. On frémit à voir les masses de gauche (à ne plus confondre avec la classe ouvrière, la vraie ou ce qu’il en reste, qui vote à près de 50 % pour le Front national : toujours les « damnés de la terre ! ») se précipiter pour soutenir un gouvernement dont le seul projet immédiat sérieux est la réforme du Code du travail laquelle ne vise à rien moins qu’à abroger un siècle de progrès social. La grande devise de l’ultralibéralisme : « marche ou crève » ! Gageons qu’il ne faudra pas attendre pour que Neuilly et Saint-Denis cessent d’être en marche dans le même sens. Les malentendus sont fréquents en politique mais ils ne durent généralement pas longtemps.

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 16:09

 
En entreprise, le problème de la génération Y était : comment manager les jeunes ? La question devient : comment les Y vont-ils gérer les vieux ?
Par Alexandre Lavissière enseignant-chercheur en management,
Laboratoire Métis, École de management de Normandie – UGEI.
 
« Ô jeunes gens ! Élus ! Fleurs du monde vivant,

Maîtres du mois d'avril et du soleil levant,

N'écoutez pas ces gens qui disent : soyez sages ! […]

Eux, ridés, épuisés, flétris, édentés, chauves,

Hideux ; l'envie en deuil clignote en leurs yeux fauves.

Oh ! comme je les hais, ces solennels grigous !

Ils composent, avec leur fiel et leurs dégoûts,

Une sagesse pleine et d'ennui et de jeûnes,

Et, faite pour les vieux, osent l'offrir aux jeunes ! »

Extrait du recueil posthume « Océan », de Victor Hugo.

Lors de la passation de pouvoirs présidentiels, puis de la nomination du Premier ministre, on aura entendu à maintes reprises, non ce poème de Victor Hugo, mais, l'alexandrin bien connu de Corneille : « La valeur n'attend point le nombre des années. » Certes, l'attelage exécutif est inédit d'un point de vue politique, mais d'un point de vue générationnel il est cohérent. On notera d'ailleurs l'incommunicabilité entre un Bernard Cazeneuve fier de partir en DS pour montrer que les vieilles voitures ont tout de même du cachet et un Édouard Philippe qui ne relève pas puisqu'il se déplace le plus souvent à pied dans sa ville du Havre.

Pour une fois, un président de la République française n'accède pas à la fonction suprême à l'âge de la préretraite. Emmanuel Macron (à quelques mois près) appartient à la génération Y. Il en a certaines caractéristiques majeures qui lui ont été reprochées telles que l'impatiente, l'individualisme (opportunisme ?) ou encore un rapport à l'autorité (des partis ?) différent. En somme, lors de cette dernière élection présidentielle, il n'a pas suivi les codes, et il sembla continuer en nommant son Premier ministre. D'aucuns, parfois flétris, rarement édentés, mais souvent chauves et ridés, lui reprochent déjà son manque d'expérience. À 39 ans, on a tout de même au moins une quinzaine d'années d'expérience professionnelle et c'est là qu'Emmanuel Macron marque peut-être un changement de paradigme : c'est lui le Boss maintenant. C'est un jeune qui dirige et les électeurs ont écarté lors des primaires puis de l'élection ses aînés.

Les Y aux commandes

C'est un changement, si ce n'est de paradigme, au moins de perspective, car, depuis une dizaine d'années, on nous explique comment gérer les jeunes générations, notamment les Y, et qu'aujourd'hui, à travers Emmanuel Macron, Édouard Philippe ou hier Matthias Fekl pour la France, mais aussi demain Leo Varadkar en Irlande, ce sont eux qui ont à manager les autres.

Dans l'entreprise, on arrive également à ce point charnière où les générations Y sont arrivées à maturité et poussent pour prendre des postes à responsabilité là où des organisations n'ont pas la flexibilité ou l'agilité pour leur donner le pouvoir. On voit parfois, dans les préfaces de trentenaires qui publient un mémoire de MBA, leurs patrons de vingt ans leurs aînés les féliciter du courage qu'ils ont eu de reprendre leurs études, tandis que, pour le diplômé, il s'agit simplement de rester connecté avec la réalité et de toujours progresser dans un monde où ne pas avancer c'est prendre du retard.

On note également un fort engouement pour les start-up et l'entrepreneuriat qui sont des formes d'entreprise, au sens large d'aventure. Ces aventures extirpent les salariés du modèle d'évolution par l'ancienneté et donc de l'autorité issue de l'âge plutôt que de la compétence ou des résultats. Une génération Y à qui l'on va demander une lettre manuscrite pour un recrutement saura qu'elle n'est pas jugée sur des critères objectifs et que ces pratiques surannées sont le marqueur d'entreprises où sévit certainement une forme de népotisme ou d'arbitraire.

Comment manager les vieux

Cette probité qui a tant défrayé la chronique durant les élections est un autre marqueur de la génération Y pour laquelle l'autorité dans sa verticalité organisationnelle ne va pas de soi mais se fonde sur un réel pouvoir, c'est-à-dire sur des compétences et du charisme. Dans l'entreprise, les travers ordinaires et acceptés de directeurs paternalistes qui se permettent de petites réflexions sexistes ou de petits commentaires racistes, pas bien méchants, ne sont plus tolérés par les générations Y qu'ils soient au travail ou dans l'isoloir.

Alors, si ces générations prennent le pouvoir, ce que cette élection présidentielle ne fait que mettre au grand jour, il faut certainement que la recherche en sciences de gestion, qui s'est jusqu'ici concentrée sur la problématique du comment manager les jeunes, se demande désormais comment manager les vieux… si tant est que les jeunes chercheurs ne puissent s'appliquer les résultats à eux-mêmes pour convaincre leurs aînés.

 

 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 17:31
En marche vers la mise au pas des médias
Auteur
Jean-Paul Brighelli
Enseignant et essayiste, anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur

Après l’arrêt de Polonium, sur Paris Première, je n’ai pas misé cher sur la peau de Polony à Europe 1. L’éviction de Thomas Sotto, dont elle s’était payé le luxe de dire du bien alors même qu’on lui avait collé au dos l’écriteau des bannis, était le prélude. La voici elle-même éjectée de la revue de presse qu’elle faisait trop bien, avec trop d’humour et trop d’audience pour que le nouveau maître de la tranche horaire, Patrick Cohen, n’en prenne pas ombrage avant même toute cohabitation.
Cela faisait une semaine qu’elle en parlait. Elle avait demandé que l’on restât discret, en attendant l’ultime round de négociations. Mais Arnaud Lagardère, que l’on sait si compétent dans la gestion de l’empire de papa, a joué au chef.
Que lui fait-on payer ? Peut-être pas ce qu’elle disait sur Europe, qui était de toute façon tributaire de l’actualité , sauf à penser que le pouvoir politique, qui l’amuse ou qui ne l’amuse pas, ou le pouvoir médiatique, dont elle égratignait parfois les belles plumes si rarement prétentieuses, ont décidé de se tenir par la main et de nettoyer tout ce qui ne « marche » pas à à l’uniçon, comme le « mur du çon » cher au Canard.
Résumons. Pujadas ,pourquoi Pujadas, sinon parce que Delphine Ernotte, qui se sentait sur siège éjectable, voulait faire un sacrifice au nouveau pouvoir en espérant dévier la foudre jupitérienne ,a été viré de France 2 alors que son Journal progressait nettement, et avait rattrapé celui de TF1. Polony, qui n’aura plus les divans de Paris Première pour y distiller un peu d’intelligence dans un monde de brutes. Moi-même, remercié par le Point.fr pour incompatibilité politique , alors même qu’ils affichaient depuis trois ans, sous mon nom, ma proximité avec NDA. Il y en aura d’autres. La démocratie est en marche. Mais si l’on tente d’éliminer tous les souverainistes de France, de NDA à Mélenchon, cela va faire du monde. Quant à prétendre qu’aimer la langue et la culture françaises c’est entrer dans le point Godwin…

Le plus drôle, c’est que l’on fait surtout payer à Polony les gentillesses qu’elle écrit hebdomadairement dans le Figaro. Billard indirect. Que voulez-vous, la bêtise n’est pas son fort, et par les temps qui courent, c’est un défaut capital : la preuve, on va chercher Patrick Cohen, l’homme qui sur France Inter tenait absolument à faire dire à NDA qu’il s’était fâché avec moi. Ou qui avait jadis reproché à Frédéric Taddeï, qui est un vrai homme de télé, lui, d’inviter des « cerveaux malades » , ce qui lui avait valu déjà il y a quatre ans d’être traité de « censeur des ondes officielles d’Etat ». Le même Patrick Cohen a tenté en 2015 de faire virer Yann Moix du Figaro, pour une chronique qui lui déplaisait. Petite pointure.
Mais voilà, au Figaro, pour le moment, ils la gardent , après tout, boulevard Haussmann, ils votaient plutôt Fillon, et ils ne se sont ralliés que du bout des dents à Napoléon IV. Elle aura encore pour quelque temps l’occasion de décrypter la politique. Ce qu’elle fait très bien, au passage,
sur Polony.tv l’essayer, c’est l’adopter. Certains ont les dents longues, elle, elle a la canine aiguisée.
Allez, ma chère, vous voici avec un peu de temps libre , pas trop, j’espère, il faut bien vivre, et de surcroît on a besoin de vous. Il ne vous reste plus qu’à user de votre talent pour écrire ce roman des médias qui sera le Bel-Ami du XXIème siècle, le genre qui se croit beau gosse irrésistible, qui a plus ou moins raté ses études, conquis la radio et la télé au prix de cabotinages ou de vulgarités satisfaites , les modèles sont si nombreux que l’embarras du choix vous guette.

 

 

 

 

Published by Un Sage
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 15:44
 

Jupiter prend l’apparence nécessaire à la réussite de l’action

Alain Nueil
Romancier. - Professeur de français..

Emmanuel Macron. Photos: SIPA AP22060050_000004/ 00810727_000036 / AP22065770_000032

Un des professeurs d’Emmanuel Macron au lycée de la Providence d’Amiens lui prédisait qu’il serait le « Gérard Philipe du XXIème siècle » et a été étonné qu’il devienne président de la République. Le jeune lycéen était un passionné de théâtre, grâce aux lectures faites avec sa grand-mère et il fréquentait avec assiduité le club de théâtre animé par une certaine Brigitte née Trogneux. On sait que les Jésuites, prenant le contrepied de la détestation catholique du théâtre au XVIIème siècle, ont fait de celui-ci à partir du XVIIIème un élément important de la formation de leurs élèves. Il s’agit « d’amener l’individu à prendre conscience de la théâtralité du monde, afin de pouvoir s’y positionner ».

Tel un acteur, il va évoluer

Dire qu’Emmanuel Macron est un excellent acteur n’est pas dans ma bouche une critique. Dans les fonctions sociales d’apparat, le paraître et l’être ne font qu’un. Quelle différence y a-t-il entre jouer le rôle d’un bon président de la République et l’être vraiment ? Aucune

L’ancien président qui, au début de son mandat, était paraît-il un homme fin, a joué au benêt pour paraître simple et proche du peuple et forcément le masque a fini par dévorer le visage, il est bel et bien devenu un benêt. Car tout évolue sans arrêt en ce monde, les personnes, les paysages et même les contours de la géographie. « Le monde est une branloire pérenne » dit poétiquement Montaigne. C’est ce que je reproche à la plupart de celles et ceux qui critiquent Emmanuel Macron : ils oublient qu’il évoluera forcément. Je parle évidemment des critiques sérieuses, par exemples celles qu’on trouve dans Causeur, pas des élucubrations de la CGT sur la destruction du droit du travail ou des Républicains sur la ruine des retraités par augmentation de la CSG.

Barbara Lefebvre a tout à fait raison de critiquer son discours d’ Oradour-sur-Glane : parler de l’inhumanité des massacres nazis sans faire la moindre allusion aux massacres de l’islamo-fascisme, c’est proprement scandaleux. Mais il faut « contextualiser ce discours » comme disent les cuistres. Avec le nouveau président, nous avons affaire à un excellent acteur doublé d’un jésuite. Car il serait étonnant qu’un peu de l’atmosphère jésuite qu’on doit respirer au Lycée de la Providence d’Amiens ne soit pas passé dans les poumons du jeune Emmanuel. Là encore, je ne décerne pas de blâme, les Jésuites furent toujours de solides éducateurs, et leur art de la manipulation n’a rien d’un bourrage de crâne soviétique. Beaucoup croient que l’élection de Macron est le fruit de manipulations extérieures, je crois plutôt que l’élève des Bons Pères n’a pas de leçons à recevoir dans l’art délicat de manipuler les autres.

Jupiter aux mille visages

L’acteur Macron nous a joué jusqu’à la présidentielle le rôle du gentil jeune homme de gauche, fraternel et social, si fraternel et si social qu’on l’aurait pris pour un rejeton de Nuit Debout. Le 8 mai, changement de masque, il devient « jupitérien », il veut de l’ordre et de l’autorité, il nomme Edouard Philippe Premier ministre : après avoir mis en extase le peuple de gauche, voilà qu’il séduit le peuple de droite. Sacré tacticien ! Mais pour faire gagner à son parti les législatives, Macron doit encore conserver le positionnement ni droite ni gauche qui lui a si bien réussi. Le discours d’Oradour est un coup de barre à gauche : il ne faut pas effrayer la majorité des Français qui, sur tout ce qui touche l’immigration massive et le terrorisme islamiste, garde la prudente position de l’autruche la tête dans le sable. Dire la triste vérité aux Français avant d’avoir gagné les législatives, quelle maladresse contre-productive ! Encore un instant d’illusion, monsieur le bourreau. On pouvait d’ailleurs remarquer qu’en prononçant dans le village martyr son discours, aussi plat et convenu que le dit Barbara Lefebvre, il avait l’air de s’ennuyer prodigieusement. Les acteurs n’ont pas toujours des rôles à leur convenance, mais si ces rôles favorisent leur carrière…

Est-ce à dire que le 19 juin au matin, le vrai visage d’Emmanuel Macron va enfin apparaître ? Ce serait trop simple. Le nouveau président prend à chaque fois l’apparence nécessaire à la réussite de l’action qu’il est en train de mener. Jupiter se déguise en pluie d’or pour séduire la cupide Danaé, il devient cygne pour la rêveuse Léda, il se fait taureau pour posséder Europe que Junon avait subrepticement transformée en vache. Taureau pour l’Europe, acceptons ce présage de puissance, et en plus ce sera bon pour l’élevage français.

L’épisode des bateaux comoriens paraît révélateur. « Les Kwassa-kwassa pêchent peu, ils amènent du Comorien à Mayotte ? » a dit Emmanuel Macron lors de sa visite à la base sous-marine de Brest.

Le Chœur des Vierges Effarouchées s’est déchaîné sur toutes les chaînes d’information, le journaliste à cheveux rasés à l’iroquoise de BFM télé s’est indigné de l’affront fait aux malheureux noyés dans ces embarcations, Jean-Luc Mélenchon a demandé à ses partisans de Marseille une minute de silence pour des gens qui cherchaient tout simplement à profiter d’une situation juridique étrange. On peut plutôt penser que cette anecdote prouve que le nouveau président est au courant des problèmes d’invasion migratoire, que ces problèmes l’inquiètent au point de surgir de façon freudienne dans une petite blague, et que son énergie se tournera un jour ou l’autre vers leur nécessaire solution. Lapsus révélateur ? J’ai tendance à croire que ce type est si terriblement intelligent qu’il est capable de faire des lapsus calculés. Le masque du multiculturaliste tombera un jour ou l’autre, et le prétendu internationaliste sera obligé par sa lucidité à prendre en mains la suite de la France. Daech contribuera peut-être à l’accélération de cette prise de conscience…

Le seul reproche que je fais à Emmanuel Macron, mais il est très grave, est de contribuer à la destruction de la langue française. Le général de Gaulle avait ouvert la voie avec son « Françaises, Français », Yves Calvi a relevé le flambeau en disant chaque fois dans ses émissions « une téléspectatrice ou un téléspectateur envoie une question ». Macron a lancé la détestable habitude de dire « toutes celles et tous ceux », justement raillée par Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut dans L’esprit de l’escalier. Il s’agit d’une absurde complication de la langue française, originaire de la politesse mais enflée par le féminisme obligatoire d’aujourd’hui. Bientôt, pour ne pas paraître misogyne, il ne faudra plus dire que les Italiens consomment beaucoup de spaghettis, il faudra dire que les Italiennes et Italiens consomment beaucoup de spaghettis, que les agricultrices et les agriculteurs se suicident beaucoup, que les charcutières et charcutiers de province font d’excellents pâtés, etc. Ce bégaiement ridicule se répand à toute vitesse dans le discours politique où l’on ne s’adresse plus aux « électeurs », mais aux « électrices et électeurs ». L’affreux redoublement témoigne d’un manque de confiance dans la langue française. Le genre dit masculin est en réalité un genre neutre avec une possibilité de sexualisation mâle. Encore quelques complications du même acabit et on se mettra tous à parler anglais par goût de la simplicité.

 

Published by Un Sage
15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 18:48

Oradour-sur-Macron

Il faisait chaud et beau, les calvities précoces ou tardives rissolaient sèchement, en cette fin de matinée.
Le 10 juin 44, si j’en crois la rumeur, il avait d’abord fait lourd, puis le ciel s’était dégagé. Il faut de la chaleur et beaucoup de soleil pour donner à une division SS l’idée de tout passer par le feu , les vivants et les morts.

Belle idée d’avoir gardé les ruines en l’état. Lisbonne de même n’a jamais voulu rebâtir le couvent des Carmes, mis à bas par le tremblement de terre du 1er novembre 1755 , celui même dont Candide tire la preuve que tout n’est peut-être pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.
En ce 10 juin 2017, les cameramen escaladaient les tas de pierres pour obtenir le plan le plus significatif sur le président de la République qui remontait les rues du village dévasté, escorté par une noria d’élèves venus de toute la France .
Comme personne ne peut me soupçonner de macronisme aigu, et que d’aucuns me reprochent de ne pas avoir hurlé avec les lèche-culs entre les deux tours de la présidentielle, j’ai d’autant plus de liberté pour dire que
le discours que prononça samedi dernier le président de la république était un bon discours. Qu’il ait été écrit, dit-on, par Sylvain Fort  importe guère, et l’ex-nègre que je suis sait reconnaître de la belle ouvrage.
Il y est question d’Histoire, forcément, mais surtout de transmission.

« Voyez ces ruines qui sont derrière vous, déjà la pluie et le soleil après tant de décennies ont effacé les traces noires de l’incendie dévastateur. L’herbe du Limousin a repoussé dans ce sanctuaire, l’impact des balles tirées ce jour-là sur les hommes, les femmes, les enfants s’est poli sur ces murs et se confond avec l’érosion de la pierre.
« Il en va de même la mémoire, elle aussi forcément s’érode.
« Ce qui se transmet risque de s’affadir, sans cesse nous devons raviver la flamme et lui redonner sens. C’est pourquoi j’ai voulu que vous soyez présents ici, présents au côté des enfants d’Oradour et de Limoges, vous, centaines d’enfants des écoles de France, pour que la mémoire soit transmise dans sa substance par la vision des ruines, des tombes, des noms.
Je sais que cette journée restera pour vous un moment singulier, parce que vous aurez vu ces lieux de vos yeux, parce que vous aurez serré la main du dernier rescapé. C’est ainsi que se perpétue le fil de l’histoire. J’ai voulu que vous deveniez vous aussi des témoins. »

Ce que j’ai entendu là , peut-être la présence de Jean-Michel Blanquer est-elle pour quelque chose dans l’enchaînement de mes idées , c’est une condamnation de l’enseignement de l’Histoire tel qu’il est censé être pratiqué au nom des programmes de Najat Vallaud-Belkacem (en grand danger d’être définitivement enterrée dans les poubelles de l’histoire par les habitants de Villeurbanne, dimanche prochain , sans doute vendra-t-elle le pied-à-terre qu’elle avait cru bon d’y acheter pour prouver son attachement à un terroir auquel elle n’appartenait pas). Et une réhabilitation d’une Histoire chronologique, de ce « récit » (et non, pas « roman » !) historique que les programmes de Darcos avaient voulu mettre en place, et que condamnent si fort les pédagos d’Aggiornamento et autres officines du désastre. Réhabilitation d’une Histoire de la transmission des savoirs, faisant de nous, selon le mot de Bernard de Chartres, « des nains sur des épaules de géants » — nani gigantum humeris insidentes, comme on dit vulgairement.

(J’ai d’autant plus de plaisir à renvoyer le lecteur à cet article qui a déjà deux ans que le Point.fr a cru bon de me remercier — pour cause d’enthousiasme insuffisant à la vague aujourd’hui en marche. Je suis d’ailleurs un tout petit pion dans le rééquilibrage des médias : Paris Première, France 2 ou Europe 1 font le ménage en grand pour complaire à un président dont on ne sait s’il a demandé le grand nettoyage, ou si les rédactions anticipent ses desiderata supposés. La démocratie est un combat, la courtisanerie est une reddition…)

J’ai passé l’année à faire cours sur la Mémoire , c’était l’un des deux sujets mis au concours des IEP de province. L’année à rappeler à mes étudiants de Bac + 1 ,une classe qui n’est pas composée d’héritiers, loin de là , qu’ils sont les derniers maillons, à ce jour, d’une très longue chaîne, et que comme l’a fort bien résumé Laurent Wirth, s’il y a un droit à la mémoire ; pour les martyrs d’Oradour comme pour tous ces sacrifiés de tant de guerres, de tant de journées qui ont fait la France (eh non, ce n’est pas une vision réactionnaire ! C’est la construction de la nation au sens le plus noble du terme — « Ô soldats de l’an II ! »), il y a surtout un devoir d’Histoire.
Et ce ne sont pas des hommes de droite qui l’expliquent, mais Pierre Vidal-Naquet ou Pierre Nora, qui valent bien les petits coqs du pédagogisme et leurs éructations hystériques. De vrais historiens qui protestent contre l’abus des lois mémorielles, qui permirent à des associations quelque peu partisanes de traîner en justice Olivier Pétré-Grenouilleau, parce qu’il tenait sur l’esclavage un discours vrai mais peu conforme à la loi Taubira.
Liberté pour l’Histoire ! ont demandé un bon nombre d’historiens ,  de gauche principalement, car la science n’a pas de couleur politique. Le « politiquement correct » n’a rien à voir avec l’enseignement de cette discipline à hauts risques.
Ni lois mémorielles, ni « roman » national. Il ne s’agit pas non plus de faire de l’Histoire comme dans le Tour de France de deux enfants, où l’on exaltait l’Histoire et ses mythes pour préparer la revanche. Mais il faut retisser un récit, suivi, chronologique, qui permette aux générations présentes et à venir de penser leur futur en regardant prudemment en arrière. Un coup d’œil dans le rétro n’a jamais empêché d’aller droit , bien au contraire. Savoir d’où nous venons incite à mieux définir où nous allons. La vraie pédagogie, c’est celle-là, et il n’y en a pas d’autre.
Célébrer Oradour, avec ou sans trémolos malruciens de circonstance, c’est tisser du lien avec le passé, avec les hommes et les femmes du passé ; c’est savoir d’où nous sommes issus , et il n’est pas tout à fait indifférent que ce soit de ce passé et non d’un autre. Savoir que la France n’est pas seulement un enchaînement de plaines et de montagnes, mais un paysage sculpté par des générations, légué aux générations à venir comme une œuvre collective qu’il convient de reconnaître, posséder, célébrer.
Il faut nécessairement réécrire les programmes d’Histoire de la dernière réforme , ou simplement en revenir à ceux de 2008, qui n’étaient pas mauvais, quitte à les amender çà et là. Et s’en tenir là une bonne fois pour toutes. Retrouver le fil de la continuité française, de la geste héroïque française, afin de redonner confiance en la nation, sous peine que les jeunes déboussolés aillent se chercher des exemples héroïques dans quelque Orient compliqué.

Jean-Paul Brighelli

(1) Je signale à ce propos au rédacteur qui a publié sur le site de l’Elysée le discours de l’événement que Riom s’écrit avec un « m », et non un « n »…
(2) Nous avons un point de contact : j’ai jadis servi de nègre à Pierre Brunel, qui fut son patron de thèse

Published by Un Sage
15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 18:29

Voyage au pays du totalitarisme démocratique

Auteur
François Martin
Consultant et conseiller municipal.

C’est une nouvelle fable de La Fontaine. Dans un pays imaginaire, sur une île, vivaient trois sortes d’animaux : des rapaces, des lemmings et des bernards-l‘hermite.

Des rapaces à l’affût

Les rapaces étaient les moins nombreux. Ils vivaient dans les airs et sur les branches des arbres. Certains d’entre eux étaient des aigles. Avec leur vision d’en haut et leur regard perçant, rapides, efficaces, puissants, affûtés, ils n’avaient pas de mal à se nourrir dans l’écosystème très ouvert de cette île, qui disposait d’une géographie où se cacher n’était pas possible. Comme tous les animaux des fables, ils avaient évidemment un métier : ils étaient grands bourgeois, intellectuels, hauts fonctionnaires et magistrats, grands financiers, politiciens véreux, patrons d’affaires, de presse et journalistes. Ils étaient riches. Ils habitaient les plus beaux endroits de l’île. Leurs enfants fréquentaient les meilleures écoles privées. Dans cette société, ils étaient, si l’on peut dire, les « gagnants de la mondialisation ». A cette aristocratie animale s’étaient joint d’autres rapaces, plus petits, des arrivistes de toutes sortes, qui rêvaient de ressembler un jour à ces aigles. Adeptes du libéralisme, ils aimaient par-dessus tout l’ouverture tous azimuts des marchés et des frontières, et la « liberté », celle où on arme les forts (par la compétitivité), où on désarme les faibles, où on enlève les arbitres, puis où l’on dit « voyons donc si du bain de sang sortira quelque chose de positif ». Ces rapaces se sentaient, si l’on peut dire, comme des poissons dans l’eau, depuis que l’un d’entre eux avait pris le pouvoir récemment sur cette île, après une élection présidentielle parfaitement trafiquée.

Beaucoup de dindons de la farce

Les lemmings étaient plus nombreux. Ils logeaient sur les terres, dans des terriers individuels qu’ils tentaient d’agrandir, tout comme leurs réserves de graines, tout au long de vies durement travailleuses. Ils formaient, pour la plupart, une bourgeoisie moyenne et petite. Constamment sous la menace des rapaces, ils vivaient terrorisés par les opportunités et les risques du système très ouvert de l’île, comme ils l’auraient été tout autant par une géographie fermée ou désertique, où leurs possibilités de « s’enrichir » auraient été moindres. Bien qu’ils en aient peur, lors des élections, ils suivaient en général naïvement les rapaces, espérant ainsi ne pas se trouver trop appauvris et déclassés. Comme les autres lemmings, ces petits rongeurs mythiques du grand nord, dont on raconte qu’ils se suicident en masse pour éviter la surpopulation, ils étaient prêts à tous les aveuglements, pourvu qu’ils évitent la vie et le comportement des bernards-l‘hermite. Dans cet écosystème très injuste, ils se rendaient évidemment parfaitement compte qu’ils étaient les « dindons de la farce », la réserve de nourriture des rapaces, les « idiots utiles » de l’île, mais ils avaient trop peur de la mort ou du déclassement pour quitter la file des autres lemmings, alors même, c’était évident, que se mettait en place, peu à peu, une organisation sociale de plus en plus élitiste, où très peu d’entre eux pourraient un jour ressembler aux rapaces, ou même « sortir du lot » en rachetant, avec leurs réserves de graines, suffisamment d’autres terriers.

La masse des déclassés

Les troisièmes, les bernards-l’hermite, étaient les plus nombreux. Ils vivaient en larges colonies, sur les rochers et les cailloux près des plages, là où il n’y avait pas grand-chose à manger. Incapables de se déplacer rapidement, ils tentaient tant bien que mal, avec leurs pinces, d’attraper avec difficulté ce qui passait à leur portée. Ils étaient, peut-on dire, les perdants et les déclassés de la mondialisation. Ils étaient paysans, ouvriers, petits commerçants et artisans pour la plupart. Ils auraient bien voulu migrer vers d’autres plages, là où la nourriture était plus abondante, mais les autres animaux ne le leur permettaient pas. Majoritaires, mais désabusés, fatalistes, ils avaient depuis longtemps abdiqué le combat démocratique. Depuis le départ d’un lointain dirigeant (un certain Général de Gaulle), ils avaient été de déception en déception, sans se rendre compte qu’ils étaient eux-mêmes, pour une large part, responsables de leurs malheurs, ayant presque systématiquement écouté les sirènes et adoubé les divers rapaces et carnassiers de toutes plumes et de tous poils, qui s’étaient présentés à leurs suffrages. Trompés, humiliés, déclassés, abandonnés, sans perspectives, ils ne croyaient plus à rien. Déclarant après chaque échec successif « Tous pourris », mais incapables de véritables analyses politiques, d’autocritique ou de sursaut, ils vivaient repliés dans leurs coquilles, sortant à peine quelques antennes au moment des grandes batailles électorales, pour se renfermer ensuite rapidement, et de plus en plus, dans le regret nostalgique du passé, la précarité, le ressentiment amer, le fatalisme et l’abstention.

Sans le savoir, ils étaient les plus utiles à la pérennité du système, servant de repoussoir parfait aux lemmings, qui n’avaient qu’une peur, leur ressembler. Ils n’avaient pas non plus conscience de leur pouvoir de masse, et n’avaient jamais réussi, ni vraiment voulu, depuis l’origine, à faire changer les rapports de forces. Leurs représentants, eux aussi, s’en étaient bien gardés, préférant pérorer sur les cailloux plutôt que de se risquer à de difficiles négociations politiques avec les autres animaux.

Et tout cela fait… d’excellents Français

Dans ce pays imaginaire, sur cette île, l’écosystème était très réussi, car rapaces, lemmings et bernards-l’hermite vivaient, sinon en paix, du moins en parfait équilibre. Tous avaient intégré, en effet, une culture du totalitarisme démocratique, apparemment irrationnelle, mais en réalité très élaborée : aux rapaces, le pouvoir et ses avantages, aux lemmings la peur et l’espoir de vivre mieux, aux bernards-l‘hermite, enfin, la précarité, l’humiliation et le regret lancinant du passé. Tous avaient parfaitement compris et assumé leur rôle, assurant au système politique de l’île, avec le temps, une grande stabilité, dont tous, finalement, s’étaient satisfait.

Evidemment, toute ressemblance avec un pays réel et avec des élections législatives récentes ne serait que pure fantaisie.

 

Published by Un Sage
14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 18:00
L’autorité judiciaire n’appartient qu’au peuple
Auteur
Aurélien Marq
Polytechnicien et haut fonctionnaire chargé de questions de sécurité

II y a un mois, le Syndicat de la magistrature a adressé une lettre ouverte au président de la République nouvellement élu pour demander une réforme de la justice.

Ce syndicat considère notamment que l’alignement des conditions de nomination et de discipline des magistrats du Parquet sur celles des magistrats du Siège est insuffisant. Il souhaite couper tout lien hiérarchique entre les magistrats, même du Parquet, et le pouvoir exécutif, au profit exclusif d’un Conseil supérieur de la magistrature présenté comme « garant de l’indépendance de la justice ».

Une fois de plus, l’argument de l’indépendance est totalement dévoyé, et masque des intérêts corporatistes mêlés à une arrogance certaine.

L’indépendance de la justice n’est pas une fin en soi

En effet, l’indépendance de la justice, composante fondamentale de la séparation des pouvoirs et de l’équilibre entre eux, n’est pas une fin en soi. Elle n’est qu’un moyen, au service de deux objectifs tout aussi importants l’un que l’autre : l’impartialité de la Justice, et la préservation de l’Etat de droit et des individus contre tout risque de « dictature de la majorité ».

En premier lieu, l’indépendance des magistrats vise à leur permettre de ne pas être inféodés à une cause politique, ni instrumentalisés par le parti au pouvoir. Ils peuvent ainsi juger en toute impartialité, la loi devant être la même pour tous.

Or, le Syndicat de la magistrature, responsable du tristement célèbre « mur des cons », ne revendique l’indépendance que pour s’affranchir de tout contrôle extérieur à sa corporation, et utiliser librement les jugements à des fins idéologiques militantes, au détriment de l’impartialité de la justice et de l’égalité des citoyens devant la loi, et au mépris de la volonté générale.

Naturellement, ce syndicat et ses partisans évoquent très facilement l’argument de la défense de l’Etat de droit. Selon eux, les magistrats seraient un rempart nécessaire face aux populismes et extrémismes de tous poils, un collège de sages échappant aux passions dangereuses de la plèbe.

Mais de la sagesse auto-proclamée à l’ordre moral dictatorial, il n’y a qu’un pas.

L’autorité judiciaire n’appartient qu’au peuple

En France, les magistrats n’ont d’autre légitimité que leur réussite à un concours administratif, certes prestigieux, mais qui ne se soumet à aucun contrôle démocratique.

Pourtant, la Constitution de 1958 précise bien que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. »

De ce fait, les juges ne doivent jamais oublier qu’ils ne sont en aucun cas propriétaires de l’autorité judiciaire – elle n’appartient qu’au peuple – mais seulement délégataires. Ils ont donc l’impérieuse obligation de se soumettre à la volonté générale, et d’en accepter le contrôle. Au demeurant, ce contrôle de la représentation nationale sur la justice est un aspect de l’équilibre entre les pouvoirs, au même titre que la possibilité pour un tribunal de juger un élu.

Dans certains pays, cette régulation démocratique se veut directe, certains magistrats de haut rang étant élus. S’il a ses mérites, ce système est pourtant moins efficace que le nôtre puisqu’il accentue les disparités locales au détriment de l’égalité des citoyens devant la loi, et entraîne une très forte politisation de la justice, au détriment de son impartialité.

La situation française, dans laquelle le contrôle démocratique sur l’institution judiciaire se fait par l’intermédiaire d’une subordination des parquets au pouvoir exécutif, est à tout prendre une solution certes perfectible mais équilibrée entre les deux impératifs complémentaires de la préservation de la souveraineté populaire et de la garantie de l’Etat de droit.

Les juges contre la loi

On m’objectera sans doute que j’exagère le danger d’une magistrature livrée à elle-même. Que les juges, après tout, ne peuvent qu’appliquer la loi, et non la faire, ceci relevant du pouvoir législatif qui, entre les mains du Parlement, est totalement démocratique. C’est théoriquement exact, mais concrètement faux.

En effet, en décidant de l’opportunité des poursuites ou d’un classement sans suite, un procureur peut, en refusant de sanctionner, rendre légal ce que la représentation nationale a interdit.

De même, la suppression des peines planchers a permis à certains juges du siège, à force d’indulgence, de cautionner voire d’encourager des comportements que le peuple souverain voudrait empêcher.

Enfin, la complexité du droit et la subtile ambiguïté de ses formulations font de la jurisprudence une source du droit à part entière – il suffit de constater la place qu’elle prend dans les divers codes pour s’en convaincre !

Nous sommes donc loin de la vision de Montesquieu pour qui, dans la continuité de Locke, « les juges de la nation ne sont que la bouche qui prononce les paroles de la loi, des êtres inanimés, qui n’en peuvent modérer ni la force ni la rigueur. »

Si elle devait se faire, la réforme voulue par le Syndicat de la magistrature n’aurait rien d’anecdotique. Elle supprimerait le dernier contrôle démocratique sur la justice, et confisquerait une part de la souveraineté nationale au profit d’une corporation trop souvent drapée dans sa prétendue supériorité morale, et dont l’actualité montre que l’impartialité est plus que douteuse

*******************

Le garde des Sceaux a annoncé, à l'occasion de la présentation des mesures en faveur de la moralisation de la vie publique, une réforme constitutionnelle visant à renforcer l'indépendance des magistrats du parquet vis à vis du pouvoir politique.

Ce qui veut dire que jusqu'à présent la justice n'était pas indépendante!!!!

 

 

 

 
 
Published by Un Sage
14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 09:10
La France des oubliés va craquer
Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Les paysans français se suicident deux fois plus qu'il y a cinq ans. En Bourgogne, la mort brutale d'un agriculteur ayant foncé sur des gendarmes masque une épidémie de suicides aux causes économiques, sociales et politiques.

Si les gazettes people se passionnent pour les idylles gnangnan de L’Amour est dans le pré, elles ignorent copieusement les quelque 300 suicides d’agriculteurs (contre la moitié il y a cinq ans) qui ont endeuillé la France en 2016. Seule la presse quotidienne régionale sauve l’honneur de la profession en relatant ces drames humains. Ainsi, le Journal de Saône-et-Loire rapporte la fugue désespérée d’un éleveur de bovins du village de Trivy, un village de 270 âmes près de Cluny.

Paysan vs gendarmes

Jérôme Laronze, 37 ans, avait abandonné son exploitation début mai à la suite d’un contrôle vétérinaire houleux. Le militant de la Confédération paysanne, connu pour ses troubles psychiques et son rapport olé-olé à l’autorité, avait foncé en voiture sur les gendarmes qui accompagnaient les services vétérinaires puis fui dans une course-poursuite folle sur la N79. Rebelote une semaine plus tard : retrouvé par la maréchaussée le 20 mai, Laronze a dirigé sa voiture à toute berzingue sur deux gendarmes, contraints de lui tirer dessus par légitime défense. Bilan : un mort deux gardes à vues, et une enquête ouverte.

Faut-il voir dans ce décès un suicide par procuration ? L’éleveur charolais avait prévenu un an et demi avant d’atteindre le point de non-retour : « Les agriculteurs sont plutôt des taiseux, et souvent ils retournent la violence contre eux-mêmes. C’est pour cela qu’il y a un ou deux suicides par jour dans notre profession. Mais peut-être que la violence va finir par se tourner vers les autres ». Prémonitoire.

Un outil de prévention des suicides

Mais les paysans bourguignons n’ont pas attendu ce triste fait divers pour réagir. Début mai, après le suicide de deux exploitants, la Mutualité Sociale agricole de Bourgogne a mis en place un outil de soutien psychologique aux agriculteurs en détresse. Vingt-quatre travailleurs sociaux dispersés dans la région répondent désormais aux appels de paysans pressurés par la paperasse administrative, la chute des prix ou la quête éperdue de subventions européennes. Certains y moqueront un « SOS amitié » rural mais il y a urgence. Le ministre de l’Agriculture a promis d’écouter les doléances des syndicats agricoles rencontrés le 23 mai, à commencer par la Confédération paysanne, ulcérée par la mort brutale de Jérôme Laronze. Aux yeux de Basta mag, la pression des contrôles sanitaires s’ajoute à la violence que subissent les inspecteurs. En somme, mis à part le grand propriétaire dopé aux subventions européennes, tout le monde paysan souffre.

La Fontaine ne s’y était pas trompé. Dans sa célèbre fable Les Animaux malades de la peste, le génial moraliste avait parfaitement dépeint le spleen du monde rural en décomposition : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés:/ On n’en voyait point d’occupés/ A chercher le soutien d’une mourante vie »

 

 

 

Published by Un Sage
13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 17:36
A Montreuil, on a marché sur la laïcité
Auteur
M-L. Brossier et L. Marchand-Taillade
sont militantes laïques.

Le samedi 25 février dernier, un événement tragiquement historique a eu lieu à Montreuil : un parti politique a tenu campagne dans une mosquée de 2000 fidèles, en banlieue parisienne : il s’agissait, ni plus ni moins, d’un meeting électoral !

L’animateur de cette séance, Jimmy Parat, proposait une réflexion sur la citoyenneté, définissant celle-ci comme une somme de droits (qu’il ne définit pas) et de devoirs (qu’il résume au paiement de taxes et d’impôts), sous l’égide de Noureddine Aoussat, qui se présente comme imam et professeur de communication, et de Youcef Brakni, s’attribuant les titres de professeur d’histoire et militant des droits de l’homme.

Ces trois-là sont loin d’en être à leur coup d’essai. Noureddine Aoussat était invité au Salon de la femme musulmane de Pontoise en 2015 et n’eut rien à redire sur les vidéos de ces coreligionnaires, qui prônaient les violences conjugales et le viol des femmes non-voilées.

Jimmy Parat s’est vu retirer sa délégation à la ville, après avoir tenu des propos violents contre l’avortement, lors d’un conseil communautaire, comparant les femmes avortant à des meurtrières devant 90 élus atterrés ! Quant à Youssef Brakni, membre des Indigènes de la République, il a piloté, avec l’ancien maire Marc Everbecq, la nomination, en tant que citoyen d’honneur de la ville, du terroriste Georges Ibrahim Abdallah, qui purge une peine de 30 ans de prison pour complicité de meurtre de deux diplomates. Cette décision a fait l’objet d’une plainte par le Bureau national de Vigilance contre l’antisémitisme, auprès du Tribunal administratif de Montreuil, qui ordonna l’annulation de la délibération.

Un nouveau parti : “Français et Musulmans”

Après une courte introduction faite par l’élu de la ville, donnant le ton : « dans un environnement islamophobe (…) une islamisation des débats (…) une droitisation des débats à gauche », Noureddine Aoussat explique que les musulmans peuvent vivre en paix, selon les lois du Coran, avec ceux qui les traitent de façon équitable… Ses expressions adoptent, ensuite, un vocabulaire guerrier tiré de l’expérience antique entre les Romains et les Byzantins. Son « prêche » a en fait pour but de démonter les appels à ne pas voter, distribués depuis 2012 à la sortie des mosquées, non pour inciter les musulmans à exercer librement leur citoyenneté, mais bien pour préparer l’intervention suivante, dont le projet est de présenter les contours d’un nouveau parti politique : « Français et Musulmans ».

Cette prise de parole suivante ne laisse aucun doute sur les intentions des organisateurs de cette réunion de propagande : séparer les Français de confession musulmane du reste de la population, en leur servant un discours victimaire, dont la litanie est bien rodée : le « nous sommes perquisitionnables » de Tariq Ramadan est tout proche : « 4 000 perquisitions avec des armes pointées sur des femmes et des enfants (…) interdiction à des femmes de se voiler pour les humilier volontairement (…) hommes tabassés… ». Selon cet intervenant, « n’importe qui peut être perquisitionné, il suffit d’être dénoncé par son voisin »… La qualité sous-jacente étant le fait d’être musulman ! Tous les ingrédients sont là pour donner le sentiment d’un Etat foncièrement raciste. Dans l’ambiance insurrectionnelle que vit aujourd’hui notre pays, au sein de ses quartiers, voilà qui est totalement irresponsable.

Communautarisme assumé

La solution est simple, presque infantile, pour ce prétendu « militant des droits de l’homme », qui n’hésite pas à tordre tous les concepts pour les mettre au service de sa doctrine : « avoir ses propres mouvements politiques (…) assumer le communautarisme (…) des opprimés » qu’il compare avec les mineurs du Nord auxquels il attribue le statut d’esclaves ! Tout est là, dans le discours, pour donner à tout musulman des raisons de se rebeller face à son statut de victime post-coloniale, notamment au regard des propos précédents.

Le projet politique est désormais simple : « avoir le pouvoir (…) sur le modèle des opprimés (prolétariat), [notamment] par la voie démographique » et gérer le « projet politique vu à travers notre prisme ».

Charia et partition du pays

Au-delà du fait que cette réunion politique se tient dans un lieu de culte, ce qui est totalement contraire à l’article 26 de la loi de 1905, se pose la question de la teneur du discours qui est hautement condamnable à plusieurs titres. Ces trois intervenants, en agissant de concert, ont un objectif bien déterminé : fracturer la nation par un discours qui tend à soulever une partie des citoyens contre les autres, ce qui correspond totalement à la définition de l’art. 35 de la loi de 1905. Par ailleurs, le second dessein est bien la prise du pouvoir politique de villes entières pour imposer leur projet de société vu à travers le prisme de la charia : la partition ! Le parti politique qui s’est exprimé en ce jour, où les femmes étaient interdites de parole, est bien un parti islamiste, dans la digne lignée d’Ennahdha ou des Frères musulmans égyptiens. C’est bien en cela que cette date est tragique et historique car, outre le fait que ce soit un parti religieux, ce type d’organisation a déjà démontré sa capacité à enrôler des masses !

Réagissons!

Comment le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur peuvent-ils ignorer ce qui est en train de se tramer sous leurs yeux et laisser faire ? Quand vont-ils enfin prendre leurs responsabilités, face à nos appels souvent restés sans suite, pour préserver l’unité de la nation et faire respecter le plus précieux de nos principes : la laïcité, une fois de plus bafouée?

Nous ne pouvons pas accepter qu’une communauté, infiltrée par des mouvements dangereux, remette en cause la République et ses lois sous notre nez, sans réagir. D’autant plus lorsque ces prêches ont lieu à proximité de quartiers déjà fragilisés tels que La Capsulerie et La Noue, connus pour faire partie des trois plus grosses plateformes de trafic de drogue d’Ile-de-France.

Ces mouvements identitaires, proches des Frères musulmans, et tenants d’un islam politique virulent, doivent être interdits rapidement sans quoi la République finira par être mise à bas.

 

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