Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 16:07
Pape François, le grand remplaçant
par
Xavier Théry
"travaille dans un grand groupe de communication".
Les jésuites qui font vœu d’obéissance au pape ont pour devise Perinde ac cadaver1 qui signifie qu’ils sont soumis tels des cadavres à son autorité. Le pape François qui est issu de leurs rangs a dévoilé à l’occasion des journées mondiales des migrants et des réfugiés un discours qui nous invite à nous soumettre à un nouvel ordre social et international remettant en cause les structures et les équilibres patiemment construits de nos sociétés européennes et américaines.
Un discours capital qui fera date dans l’histoire par l’aveuglement que révèlent beaucoup de ses propositions. Un discours qui s’articule en 4 points qu’il fonde sur la doctrine de l’Eglise : accueillir, promouvoir, intégrer et protéger les migrants et les réfugiés. Chacun des 4 points de son programme contient une bombe sociale, des troubles économiques gigantesques et un ferment de guerre civile, nous allons le voir…
Accueillir
Tout d’abord, là où la pensée dominante fait aujourd’hui un amalgame commode entre migrants (économiques) et réfugiés (politiques ou issus de pays en guerre), le pape, lui, les identifie clairement pour les mettre en équivalence en termes de droits et de devoirs. Au moins les choses sont claires : nous devons selon lui accueillir les migrants tout autant que les réfugiés.
Tout migrant qui sollicite notre accueil doit être accueilli et son arrivée facilitée « dès le départ ». Les demandes doivent être toutes facilitées par les autorités consulaires et les entrées sur notre territoire doivent ainsi être toutes « légalisées ». On voit ici tous les bouleversements que recèle l’invite du pape : les corridors qu’ils nous demande de mettre en place pour acheminer tout migrant qui en fait la demande videront l’Afrique de ses forces vives pour venir appauvrir l’Europe déjà incapable de donner du travail à environ 20% de sa population.
La phrase la plus remarquable de ce discours est ici : « il faut faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale »… Elle ne peut que nous plonger dans un abîme de perplexité sur la capacité du pape à saisir les enjeux du monde : ne voit-il pas que derrière la sécurité d’une nation, c’est la sécurité de millions de personnes qui est en jeu ?
On remarquera enfin qu’à travers cette primauté du droit personnel sur le droit national, Le Pape envoie complètement balader l’ordre mondial que l’ONU tente de préserver depuis 1945 et qui est fondé sur le respect de la souveraineté des Etats-nations.
Protéger
Tout migrant doit avoir selon le pape une facilité de circulation intégrale dans les pays d’accueil, la liberté de travailler où il veut et doit pouvoir accéder partout aux moyens de formation. Il est intéressant ici de constater que le pape qui se fait par ailleurs le critique du capitalisme mondialisé, est incapable de conceptualiser que le migrant devient une ressource malléable à l’infini par les forces du capital et une variable d’ajustement pour produire toujours moins cher en contraignant les populations locales à aligner leurs salaires sur ceux des migrants.
L’expression « d’idiot utile » du capitalisme financier vient à l’esprit mais elle est sans doute galvaudée. Il vaudrait mieux parler de « danger public » tant les propositions du pape si elles étaient mises en pratique bouleverseraient l’équilibre économique de nos sociétés déjà atteintes par la mondialisation. Le pape nous invite à la paupérisation générale.
C’est aussi une insulte au génie de la France, de l’Europe et de l’Amérique qui ont su patiemment bâtir des sociétés où a été libéré l’esprit des Lumières, où ont été inventés les technologies qui permettent à l’homme de vivre mieux et plus longtemps partout dans le monde, où a été conçu un mode de vie qui sert aujourd’hui de modèle à tous ceux qui dans le monde veulent s’émanciper et vivre libres. Comment ne pas voir qu’une immigration sans contrainte mettrait rapidement tout cela à bas et que par effet induit les populations restées en Afrique seraient les premières à en souffrir.
Promouvoir
C’est dans ce chapitre que le programme du pape prend toute sa dimension dévastatrice. Jusqu’ici on aurait pu croire que le pape voulait permettre à tout individu de s’installer où il veut et quand il veut sans tenir compte des frontières ni du droit des États. Mais on découvre que son programme est plus vaste puisqu’il invite les États à favoriser et encourager le regroupement familial en l’étendant aux parents, collatéraux, grands-parents, enfants et petits-enfants. Ce ne sont plus des individus que le pape nous demande d’accueillir, mais des familles, des communautés, des villages entiers.
On se souvient que le concept de « grand remplacement » avait fait scandale sous la plume de Renaud Camus. Mais avec le pape François, ce concept prend forme et sera couvert de son autorité. Tout homme de bonne foi en demeurera inconsolable.
Intégrer
Bien évidemment et vous l’aurez deviné, l’intégration pour le pape François ne saurait se confondre avec l’assimilation. C’est le modèle multiculturaliste qu’il défend. Mieux encore, les citoyens des États d’accueil des migrants sont qualifiés de « communautés locales ».
Conscient du fait que la bonne intégration passe par les échanges interculturels, on pourrait s’attendre à ce que le pape propose de former les migrants aux cultures nationales. Non, c’est l’inverse que propose le pape : il demande aux autorités de « développer des programmes visant à préparer les communautés locales aux processus d’intégration »… Il s’agit donc de formater les esprits des citoyens pour qu’ils acceptent le fait migratoire…
Après les événements de Charlottesville, on voit ici à quel point les propositions du pape, si elles étaient mises en œuvre, seraient autant d’aiguillons dans la dynamique de tous les extrémistes qui agitent nos sociétés. Au moment où des fractures béantes traversent nos sociétés, au moment où 27% des jeunes français musulmans sont, selon le CNRS, en voie de désintégration et de rejet de leur identité nationale française (la haine de la France, parlons clairement), au moment où l’activisme islamique se développe sans cesse, au moment où le terrorisme mine la confiance dans le « vivre-ensemble », les propositions du pape sont non seulement irresponsables mais, j’ose le dire, coupables. Elles sont le ferment d’une guerre civile latente qui ne manquerait pas d’éclater si nos gouvernants suivaient le pape à la lettre.
Heureusement tout ceci n’arrivera pas car nos gouvernants sont plus sages que le pape. Et éclairés. Non pas par « l’esprit saint », mais par la raison et l’esprit de liberté qui nous ont guidés (contre l’Eglise et les jésuites) depuis la Révolution. Mais il est désolant de voir que le pape couvre de son autorité bimillénaire et de l’audience que tous ses nonces ont auprès des gouvernants une dérive idéologique. Son discours sera repris par tous ceux qui veulent nous soumettre à un nouvel ordre social multiculturel, tolérant avec les intolérants, fasciné par le fanatisme religieux. J’en suis personnellement définitivement inconsolable.
Nec perinde, nec cadaver ! Ni soumis, ni morts.
 
-
 
Published by Un Sage
16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 18:34

« Le tourisme ne rapporte pas ce qu’il nous coûte »

Entretien avec l'économiste Philippe Simonnot

Par

Daoud Boughezala

 

Le mois d’août s’achève et emporte avec lui le souvenir des vacances. Pour quelques ronchons comme l’écrivain Alain Paucard, « les congés payés sont devenus les congés payants ». Dans un autre registre, certains économistes avancent des arguments fort rationnels pour critiquer la place réservée au tourisme de masse. Pour éviter que la France ne perde son patrimoine, son identité, ses forces vives et son âme dans un car de touristes chinois, Philippe Simonnot voudrait s’inspirer du modèle suisse. Entretien. 

Daoud Boughezala. Cet été, des mouvements anti-touristes sont apparus dans des villes comme Venise ou Barcelone. Pourtant, lorsqu’elles subissent des attentats terroristes, les mêmes cités craignent une baisse du tourisme. Que vous inspire cette duplicité?

Philippe Simonnot. Le paradoxe est en effet cruel. Mais le tourisme sert lui-même souvent de paratonnerre à la foudre terroriste, et donc les deux protestations se rejoignent. D’autant que la remontée quantitative du tourisme dans le sud de l’Europe doit beaucoup aux risques que l’on prend aujourd’hui à voyager de l’autre côté de la Méditerranée. Cela dit, heureusement des pays sans « vocation touristique » comme on dit, et il en existe beaucoup de par le monde, peuvent se développer. Rappelons à ce propos qu’en vertu de la théorie des avantages comparatifs (Ricardo) trop oubliée ou méconnue, notamment par les critiques du libre-échange mondialisé, tout pays, quelle que soit sa dotation en avantages naturels, a vocation au développement économique et au commerce international dans des conditions profitables.

Beaucoup d’emplois saisonniers sont si bas de gamme que les Français les boudent

Contrairement à l’agriculture et à l’industrie, le tourisme génère des emplois non-délocalisables, parfois à forte valeur ajoutée. N’est-ce pas un secteur économique d’avenir pour un pays dont l’économie qui se tertiarise à vue d’oeil ?

La tertiarisation peut être la marque d’un pays en voie de sous-développement, comme c’est sans doute le cas de la France. Certes, les emplois générés par le tourisme ne sont pas « délocalisables », mais les profits que ces emplois génèrent peuvent être captés par des entités hors-sol en France, comme Airbnb dont le siège social et les patrons sont  à San Francisco (Etats-Unis). Les ravages de ces « plateformes » numériques sur la rentabilité hôtelière commencent seulement à être reconnus. D’autre part, beaucoup ces emplois – souvent saisonniers – sont si bas de gamme et parfois si humiliants que les Français, pourtant frappés, depuis des décennies, par un chômage de masse, les boudent au point que des professionnels du tourisme font état dans leur secteur de pas moins de 200 000 emplois vacants…

Vous critiquez l’usure du patrimoine français (Lascaux, Notre-Dame-de-Paris, Versailles) sous l’action du tourisme. Mais la manne économique que dégage ce secteur ne permet-il pas d’entretenir nos monuments historiques ?

L’exemple de Lascaux montre bien la mortelle dangerosité écologique, au sens propre du terme, du tourisme. Mais la solution qui a été trouvée, malheureusement, ne peut être appliquée à aucun de nos grands sites touristiques. Une seconde Notre-Dame ou un second Versailles ou un second Mont Saint-Michel, si même ils étaient faisables, n’auraient tout simplement aucun sens. Mais ce ne sont pas seulement ces « monuments » qui sont menacés. Par exemple, certains quartiers de Paris subissent aujourd’hui le sort de Venise ou de Barcelone.

A Paris, les garçons de café ont été « touristisés » : leurs patrons les déguisent en Gavroches hugoliens pour répondre aux poncifs

A quels signes le voyez-vous ?

Je ne peux plus prendre un café en bas de chez moi sans entendre baragouiner de grandes gueules américaines qui bouffent n’importe quoi en croyant goûter de la cuisine française. Les garçons de café ont été eux-mêmes « touristisés », si je puis me permettre ce barbarisme. C’est-à-dire que le patron les a obligés à se déguiser en des espèces de Gavroches hugoliens pour répondre aux poncifs qu’on a mis dans la tête des hordes qui envahissent rues, terrasses et comptoirs. Je ne peux plus flâner tranquillement sur les quais pour rendre visite à mes bouquinistes préférés, de moins en moins nombreux, concurrencés qu’il sont en amont par Amazon et en aval par des marchands de Tour Eiffel en plastique rose et autre babioles pour touristes made in China. Il m’arrive même, lors de ces promenades, d’être pris en photo comme le specimen d’une tribu en voie de disparition. Et l’on s’offusque même que je proteste contre ce droit du touriste à me mitrailler avec son smartphone. Pour ne rien dire des nuisances apportées dans mon immeuble par des locations de courte durée (tapages nocturnes, ignorance ou mépris du voisinage autochtone, flambée des prix du m2 à la vente ou à la location).

Ces légers désagréments ont-ils des conséquences sociales?

Des ménages avec enfants sont obligés de s’exiler en banlieue pour laisser la place  aux traîneurs de valises à roulettes qui promènent leurs cheveux gris dans des ruelles « historiques » muséifiées. Que c’est triste Paris, au temps des amours mortes ! Et des professionnels du tourisme viennent maintenant nous dire que le tourisme en France est « en déficit de festivité » (sic), que les jeunes, en quête d’« animation », préfèrent d’autres destinations. Le massacre n’est pas encore complet.

Dans le tourisme, les profits sont privatisés et les pertes socialisées

C’est-à-dire ?

Le problème posé est au demeurant classique pour un économiste. C’est celui d’une privatisation des profits accompagnée par une socialisation des pertes. Assurément le tourisme est hautement profitable pour toute une série d’acteurs : propriétaires de campings, hôtelleries et restaurants  de grand luxe, divers commerces  sur zones, certains voyagistes. Pour beaucoup d’autres, c’est surtout un moyen de survie : retraités qui complètent par des locations leurs maigres ressources, rongées par le fisc et l’inflation, paysans ruinés obligés de faire chambre d’hôtes pour seulement survivre, etc. Mais toutes les nuisances engendrées par le tourisme : encombrements, embouteillages, pollutions, saturation des sites, dégradations diverses, sont, elles, supportées par la collectivité, et se retrouvent en partie dans les impôts, quand ils ne se traduisent pas par des dommages irréversibles ne serait-ce qu’au paysage. En un mot comme en cent, les touristes ne payent pas pour ce qu’ils dégradent immanquablement et ceux qui profitent du tourisme n’en payent qu’une partie. La solution s’impose d’elle-même : touristes et profiteurs du tourisme doivent payer d’une manière ou d’une autre pour ce qu’ils abîment.

Le puissant lobby touristique a conquis le quai d’Orsay par le truchement de Laurent Fabius

Si vous éreintez le modèle français, vous citez en revanche régulièrement la Suisse comme exemple de synthèse réussie entre ouverture aux autres et priorité nationale. Ce modèle est-il applicable dans un pays à l’échelle de la France ?

Bien sûr. Et il serait plus facilement applicable si la France connaissait la même prospérité que la Suisse. Certes, l’échelle de la France est beaucoup plus grande que celle de la Suisse. Mais cette excuse n’en serait  pas une si l’on prenait au sérieux les efforts de décentralisation et si l’on permettait un meilleur contrôle des citoyens sur les pouvoirs qui sont à leur portée.  En outre, le lobby touristique est en France l’un des plus puissants et les  moins connus. Sa  grande victoire, ces dernières années, a été de conquérir le Quai d’Orsay par le truchement de Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, qui a connu de meilleures causes, même s’il s’en est publiquement vanté. Ainsi, notre diplomatie n’est-elle plus seulement au service des marchands de canons, mais aussi des marchands des droits à piétiner, voire à saccager ce « beau pays que le monde nous envie ». Quand j’écrivais Ne m’appelez plus France, au début des années 1990, le nombre des touristes en France avait atteint la cinquantaine de millions, et je trouvais ce chiffre effrayant en ce qu’il portait atteinte à une qualité exceptionnelle de notre pays, la relativement  faible densité démographique héritée des mœurs galantes du XVIIIe siècle français. Si la France avait suivi le même modèle que ses voisins européens, elle serait aujourd’hui peuplée de quelque 150 millions d’habitants. Horresco referens !

En 2017, la France aura accueilli 85 millions de touristes, dont 32 millions pour le seul Paris.

Quel rapport entre densité démographique et tourisme de masse ?

La nature a horreur du vide. Surtout la nature géopolitique. C’est dans cette perspective longue qu’il faut observer le tourisme de masse qui vient combler un espace que nos ancêtres avaient su préserver miraculeusement. En 2017, la France aura accueilli 85 millions de touristes, dont 32 millions pour le seul Paris. Ce résultat est calamiteux, qui nous rapproche des densités démographiques de nos voisins. Il est pourtant claironné comme une victoire, notamment contre le terrorisme, qui n’aurait réduit qu’un moment l’ « attractivité » de notre pays. Le remplissage de ce que l’on appelait autrefois le « désert français », que l’on va finir par regretter, étant lui-même atteint par les plus récentes houles du tsunami touristique, serait devenu une « preuve » de notre vitalité. Sur cette lancée, l’objectif gouvernemental, fixé par Fabius, et repris, hélas, par Macron, est d’atteindre les 100 millions d’ici 2020, notamment pour capter le plus possible des dizaines de millions de Chinois transformés en forçats du voyagisme de masse. Si la France s’enorgueillit, non sans vanité,  d’être et de rester  la première destination touristique du monde et entend le reste par cette course folle  à la quantité, elle n’arrive aujourd’hui qu’au quatrième rang en termes de recettes. C’est dire que notre tourisme est encore relativement un tourisme bas de gamme, et que dans les conditions actuelles, tous comptes faits, mais qui les fera ? Le tourisme ne rapporte pas ce qu’il nous coûte.

 

 

Published by Un Sage
16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 18:00

Rentrée des futurs profs: à l’école des abandonnés de la République

par

Jean-Paul Brighelli

Enseignant et essayiste français.Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

 

 

Six cents personnes (600 là, et à la même heure un même groupe sur le site de la fac de Droit) massées autour de la cafétéria dès 9h, futurs profs de collège et des écoles, quelques agrégés perdus dans le flot, peu de conversations puisque les gens ne se connaissaient pas, et semblaient marcher en terrain miné. Pour l’essentiel, des quadras dont les années d’études appartenaient à un passé trépassé. Des femmes, majoritairement. L’enseignement serait-il la soupape des divorces ratés ?
Une demi-heure après, entrée dans le grand amphi Peres de la fac. Derrière la table installée sur la tribune, l’Inspecteur d’Académie ouvre le feu avec une longue intervention de bienvenue.
Nous avons donc appris que nous étions désormais des cadres A de la fonction publique — payés sur la base du salaire moyen français, soit 1500 € / mois après cinq ans d’études : que gagne pendant ce temps un cadre du secteur bancaire, Mister Macron ?… Appris qu’un cadre A devait avoir une tenue correcte, car le vêtement a une fonction mimétique , avoir un jean bien coupé empêchera donc les gamins / gamines d’avoir des jeans déchirés… De même au niveau vocabulaire : ne pas jurer (il faudra que j’explique le mot à mes futurs élèves, tiens !), ne jamais s’énerver. Ça les empêchera sûrement d’éructer de leur côté.
Appris aussi que nous avions passé le concours car nous avions reconnu l’excellence du modèle éducatif français (ben non, c’est pour le fric , quelle autre option avec un Master de Lettres, quand on n’est pas un héritier, comme disait Bourdieu ?). Appris enfin qu’avec Jean-Michel Blanquer, c’était la confiance restaurée qui était entrée rue de Grenelle. Hmm… L’année dernière, le même Inspecteur d’Académie a dû expliquer qu’avec Najat, c’était la confiance perpétuée. Les ministres passent, les IA-DASEN restent. D’ailleurs, on nous précisera plus loin que « si vous avez une classe de Quatrième, pour l’élève, c’est la seule quatrième de sa vie » : la latitude récemment donnée par le ministre pour opérer à nouveau des redoublements est apparemment ignorée.

« Il faut que vous fassiez confiance aux familles de vos élèves » — évitons de penser que certains parents viennent, de temps en temps, agresser un prof ou un directeur d’école. « Il faut aimer — platoniquement bien sûr , vos élèves » : c’est curieux cette insistance du système sur la pédophilie, le médecin qui m’a délivré mon permis physique et psychique d’enseigner m’a demandé aussi, avec une foule de soupçons, pour quelle raison pathologique je voulais fréquenter des gamins.
« Et il faut laisser à vos élèves assez d’espace pour qu’ils deviennent des citoyens éclairés » : la formulation m’a paru énigmatique, mais un IPR, prenant la parole peu après, a explicité le propos : « Vous avez un devoir de neutralité en tant qu’enseignants qui oblige à respecter la laïcité, corollaire de l’égalité ; les élèves n’ont pas ce devoir : c’est par la prise de parole qu’ils forment le futur citoyen éclairé qu’ils deviendront infailliblement ». Ça, c’est de la loi Jospin remise au goût du jour : liberté d’expression, etc. Donc, si j’ai bien compris, je dois rester neutre, supporter les discours les plus fanatisés de mes loupiots, e
excuser le fait qu’ils manifestent pendant les minutes de silence. Bon.
Le même IPR a utilisé la méta
phore de la matriochka pour caractériser ce qu’était, selon lui, l’ancien système, où chaque classe succédait à la précédente sans lien organique. « Mais grâce au système des cycles, désormais, tout est lié , et le CM2 est organiquement lié à la Sixième ». Il n’a jamais dû voir une matriochka, parce que tout s’y emboîte. Et manifestement, la réforme Najat est toujours d’actualité. C’est bien la peine que Blanquer, il se décarcasse !

« La liberté pédagogique, ce n’est pas n’importe quoi », a précisé l’IPR ; « reprenons les textes ». Et de projeter sur l’écran (manifestement, les IPR maîtrisent le C2i, ce pré-requis de connaissances informatiques bien plus crucial, désormais, que les connaissances disciplinaires) les Bulletins officiels expliquant en quelques déterminants fléchés (« Professeur => éducateur ») le cadre dans lequel nous devons évoluer. Ainsi, nous avons appris qu’un fonctionnaire est tenu au secret professionnel et en même temps, comme dirait Emmanuel, se doit d’informer le public , ce que je m’empresse de faire ici-même.
« Si vous faites venir un éditeur dans votre établissement (ces gens-là supposent donc que le prof lambda connaît des éditeurs…), vous devez faire aussi venir un éditeur concurrent » : il est temps que j’étoffe mon carnet d’adresses !

À propos d’éducateur… Nous avons trouvé sur les travées des imprimés où était notifiée une question, à laquelle nous devions répondre, ce qui faciliterait in fine le dialogue avec les experts attablés au bureau. J’ai donc planché sur

et demandé si le « ou » était inclusif ou exclusif (comme dans le Mariage de Figaro). À quoi l’on m’a répondu qu’aujourd’hui, enseigner, c’est éduquer et vice versa. Ils n’ont pas dû lire Condorcet, au rectorat. À moins que le projet final soit de transformer n’importe quel prof en gardien de fauves.

L’après-midi, c’est à la fac de Droit de Marseille, sur la Canebière, que la messe s’est continuée , avec le discours du recteur. Après un long historique de l’Académie depuis 1808, il s’est lancé dans le dur : « L’école il y a trente ans ne luttait pas contre le décrochage scolaire, au contraire elle le favorisait. N’êtes-vous pas les témoignages vivants de ces progrès de l’école ? » En voilà un bon petit soldat du collège unique !
Le discours public autorise-t-il toutes les hyperboles ? « L’école française accueille plus de nationalités que l’ONU » , hmm, difficile à concevoir, une nationalité hors ONU  ou peut-être fait-il allusion aux « communautés », comme on dit désormais ? Les métaphores viennent au secours de ses hyperboles : « Le sage voit les pétales de la rose, mais l’imbécile en voit les épines » , Brighelli, vous êtes repéré ! Le recteur a spécifié qu’il utilisait un proverbe arabe à cause du public qu’à Marseille, nous avions toutes les chances d’accueillir. Il ne doit pas sortir souvent à Belsunce, où les Chinois commencent à supplanter les Maghrébins : il convient donc d’actualiser les métaphores : « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde Meirieu. »
« On ne peut plus dire que vous êtes partis pour un long fleuve tranquille, vous faites même partie des toutes premières promotions qui allez connaître des évolutions considérables dans votre carrière » : maître de Jiu-jitsu 
comme Néo(prof) dans Matrix ?Cibles humaines ?

Et cerise sur le gâteau, « vous êtes des intellectuels, vous n’êtes pas des exécutants ». Oui , pour 1500 € par mois pour nous faire cracher à la gueule, nous sommes presque des exécutés.
Le recteur, bon petit soldat nommé par Najat et toujours là, a obligeamment rappelé les quatre priorités de l’actuel ministre : le dispositif « devoirs faits » , afin de pallier les différences d’environnement familial, c’est un serpent de mer depuis cinquante ans, le grand dada de l’égalitarisme. La nécessité du « bien-être » , est-ce la version Blanquer du « vivre ensemble » najatien ? Nous n’en saurons pas plus. Les ajustements de la réforme du collège , qui n’est donc pas supprimée, pour les cours de latin, voir la planète Mars : et comment allons-nous faire, puisque dans le collège où je suis nommée en stage, ils utilisent en français un manuel de 2009 (programmes Darcos) réalisé par une certaine Brigitte Réauté ? Et la priorité donnée à la sécurité ,est-ce une allusion au plan Vigipirate ? Devons-nous fouiller les élèves ? Interdire les compas et les gommes bicolores ?
« Ayez confiance en moi, confiance dans votre hiérarchie » : tu parles que je vais raconter à mon Principal les problèmes que je rencontrerais , il me signalerait tout de suite aux autorités de l’ESPE, et je serais tricarde à tout jamais. « Soyez créatifs, inventifs, soyez cet enseignant dont on se souvient toute sa vie », « et ce soir, quand vous rentrerez chez vous, évitez de twitter « le recteur m’a nommé ministre de l’Education nationale, vous serez désavoué, je pense » (ah, l’humour ! Toujours l’humour !). Cerise sur la cerise : « Et voici ma première commande, a-t-il lancé en guise de péroraison : essayez de penser à un moyen de réformer le Bac et la première année de Licence » , ça, c’est ce qui s’appelle consulter la base !

Eh bien, faisons du Bac un certificat de fin d’études, autorisons les universités à sélectionner comme elles l’entendent, ça m’aurait éviter de croiser à la fac des glandeurs venus là pour toucher leur bourse pendant que moi, sans ressources, je n’y avais pas droit, toute bonne élève que j’aie été, et dissocier les deux premières années du reste du cursus universitaire , sur le modèle des prépas, et survive qui peut ! Je ne dois pas être la seule à y avoir pensé. Mais le ministère est-il capable de l’entendre ?

La directrice adjointe de l’ESPE a pris la parole après le recteur, pour expliquer les problèmes spécifiques de Marseille — la différence entre quartiers Nord et Quartiers Sud, le 13-14ème d’un côté, les bourgeois du 8ème de l’autre. Un moyen sain de ne pas alimenter les dissensions dans la ville. Pas pu m’empêcher de penser que quatre jours auparavant un véhicule parti des quartiers Nord a renversé plusieurs personnes intentionnellement, et tué une brave dame à un arrêt de bus, avant de finir sur le Vieux-Port, devant la Criée. Oui, effectivement, il y a de légers problèmes dans cette ville.
Elle nous a parlé aussi des quatre domaines du tronc commun , le premier étant « les gestes professionnels liés aux situations d’apprentissage » : la manchette sur la nuque ou le cri qui tue ? Après tout, n’envisageais-je pas plus haut de devenir maître d’arts martiaux ?
L’assiduité à l’ESPE est bien entendu requise, que l’on ait ou non déjà un Master. Mais elle produit une « formation intégrative » — quoi que cela veuille dire ,« qui doit permettre de confronter les apports théoriques aux situations réelles, creuset de la décortication des situations effectives. » Sic. Bonjour à la langue de bois. Je me suis crue transportée au discours des comices agricoles de Madame Bovary. Qu’aurait pensé Flaubert de cette directrice adjointe ? Et elle, que pense-t-elle de Flaubert ? L’a-t-elle lu, d’ailleurs ?

Résumons. Les mots les plus fréquents, toute cette journée, furent « félicitations » (pour un concours « exigeant » , j’en parlerai aux didacticiens quand je les croiserai), « projet », « unité dans la diversité », « cadre », « confiance », et « mutations » : non, pas celles du personnel, celles du système éducatif favorisées , forcément , par l’usage massif du numérique, dont on sait ce qu’on peut penser : les pays qui caracolent en tête des classements PISA, Chine, Japon, Corée, n’utilisent pour ainsi dire pas le numérique. Mais les pédagogues de chez nous ne doivent pas le savoir, ils ne lisent pas les articles de Natacha Polony.

 

Published by Un Sage
4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 16:07

Sibylle LAURENT

 La première zone naturiste de Paris a ouvert au bois de Vincennes, pour une expérimentation prévue jusqu'au 15 octobre. Alors oui, la météo n'est pas des plus favorables. N’empêche, l’endroit fait des heureux. Petit compte-rendu de choses vues et entendues ce vendredi après-midi.

"Vous êtes journalistes ? Ah, vous devez chercher le camp de nudistes !" Forcément, les habitués de Vincennes en ont entendu parler, de cet espace de naturistes qui a ouvert jeudi. Et se font un plaisir d’indiquer le chemin. Allée royale, puis sur la gauche, on marche quelques mètres, et hop, on y est. Est-ce que ça les fait tiquer ? "On s’en fout royalement !", assène Jacqueline, la soixantaine, dont 25 ans de balade avec son chien dans les allées. "On a vu bien pire !"  A côté, Ernest retrace l’historique des lieux. L'air entendu : "Ce côté-là du bois,  il était déjà un peu spécifique. C’est depuis longtemps le côté des homosexuels, le coin des rencontres des mecs en vélo... "Alors là, ça fait un peu de changement, c'est marrant". "Ils ne font de mal à personne !", glisse Monique, avec ses deux Saint-Bernard. "Après, nous, ça ne nous dérange pas, on n’a pas d’enfants... Mais le week-end, sur la plaine juste à côté, c’est vraiment le coin des familles ! Ça va faire bizarre à certains

 

"Ça fait un peu réserve..." Bon, il a fallu un peu la chercher, cette plaine de 7.000 m2 dédiée aux gens nus. On ne s’attendait pas à un itinéraire balisé, mais cette zone naturiste dans le bois de Vincennes est un peu en retrait des voies centrales. Un tout petit peu. Disons qu’elle n’est pas annoncée avant. Ou plutôt, annoncée au dernier moment, quand on a le nez dedans. D’un coup apparaît une petite clairière, aux herbes hautes. Et, ça et là, sortant des herbes folles, émergent un genou, une tête isolée, une tignasse ébouriffée. Dans les recoins, quelques hommes allongés. Au milieu de marcheurs habillés. Ah non, voici un marcheur tout nu, sac au dos et chaussures au pied. Marrant. Jacques, un joggeur qui vient de passer, rigole. "Ce n'est pas gênant. Après, comme l’endroit est assez confiné, ça fait un peu réserve..."

Commentaires:

"On veut quelque chose de respectable." Au milieu de ce trou de verdure se dresse Cédric Amato. Lui fait partie de l’ANP, association des naturistes de Paris, qui a œuvré à mettre en place l’endroit avec la mairie Là, il joue un peu le rôle de point d’information sur le site. Alors oui, il le dit, la zone est réputée pour être un "lieu de drague et de rencontres"', mais l’association veut la faire évoluer "en lieu convivial et familial, comme les naturistes aujourd’hui l’envisagent". Et entend bien, en ayant ainsi cette voie publique, déboulonner un bon nombre de clichés bien accrochés. Du genre de ceux qui associent le naturisme à tous type de rencontres à base de sexe. "Nous sommes garants de tout comportement abusifs !", revendique Cédric. "On essaie de le faire d’abord comprendre aux personnes, mais on est aussi en lien avec la police." 

"Ils avaient dit 7 hectares ? Il y a 700 mètres là !" C'est sûr que ça ne fait pas si grand, cette clairière. L'endroit est en tout cas suffisamment resserré pour que les quelques "tous nus", même pas une dizaine pourtant, aient un peu l'impression d'être en vitrine. Ou sur le passage des marcheurs. Sur son vélo, Pascal regarde de loin. 25 ans aussi qu’il pratique le bois. Il est naturiste en vacances, mais est tombé sur l’endroit par hasard jeudi pendant l'inauguration. Au début, avec les caméras, il a cru "qu'on tournait un film." Il est revenu aujourd'hui. Ça le fait marrer, ce choix d’endroit. "D’habitude il n’y a que des homosexuels qui viennent se rencontrer ici ! Ils sont contents, remarquez, ils peuvent enlever le maillot !" Il trouve l'idée plutôt bien. "Avec ma copine, on était obligés d’aller se taper des trucs à 150 km de Paris, des campings... Ça peut prendre. Le problème, c’est qu’ils risquent de passer leur temps à faire la police."

 "Police, s’il vous plaît." Justement, la police est là. Un homme et une femme, en civil, se promènent l’air de rien. Histoire de surveiller. Ils ont surtout l’air d'être chargés de réguler les bonnes pratiques dans ce lieu apparemment, donc, dédié aux rencontres gays. "Hier, un policier a repris quelqu’un en disant : 'Attention, ce n’est pas le cap d’Agde pour autant !' J’ai été ravi de l’entendre", rapporte Cédric. "On est en train de changer un peu la connotation de l’endroit, drague et rencontres, on refait vivre un endroit qui n’était pas très, très... Il ne fallait pas que les enfants viennent !" 

"On ne va pas imposer aux gens de se mettre nus." Ici, c’est donc une zone libre. Ouverte. Les "textiles" sont autorisés. "On n’est pas dans quelque chose de communautaire", explique Cédric. "Ce n’est pas fermé, ce n’est pas clôturé, tout le monde peut passer. C’est juste un lieu qui dit ‘vous ne serez pas verbalisés si vous êtes tous nus’, c’est tout. Si vous voulez discuter, vous pouvez rester habillés. On a cette liberté."

"Je ne pourrai plus amener ma nièce ici !" Ça, c’est un commentaire qu’a entendu Cédric, et qu’il ne comprend pas. "On a des enfants qui font du naturisme !  Les enfants comprennent la nudité. Souvent, les réticences viennent de l’éducation, des blocages des parents." Mais pour l’instant, les passants, à part glisser un oeil amusé, n'ont pas l'air plus embêtés que ça. 

"Ils auraient dû mettre les panneaux avant !" Entre habitués habillés et naturistes, un débat s’engage autour de la signalisation : "Ils auraient dû mettre des panneaux avant, le long de la grande allée, pour que les gens qui ne veulent pas soient prévenus avant", estime Thierry. Ce à quoi, Cédric, le naturiste, apporte une autre réponse : "Oui, mais un panneau posé sur une allée principale va attirer les curieux !" De toute façon, c'est la municipalité qui a décidé.

"On tient un peu une permanence."  Cédric ne travaillait pas, il a choisi de passer cet après-midi ici. Histoire de faire "un peu permanence." Parce qu’autour de ce lieu, l’association des naturistes de Paris entend faire de la pédagogie. Faire connaître la pratique, aussi. "Combien y-a-t-il de jeunes qui veulent essayer et ne peuvent pas ?", questionne-t-il. "Cet espace va permettre à ceux qui n’ont jamais osé de le faire. Ça va durer une demi-heure, ou une demi-journée, et en fin de compte, ils vont dire : ça me plaît." Parce qu’il faut s’habituer, un peu, à tout montrer. Lui raconte qu’il a commencé à 18 ans. "Mais jamais je n’aurais osé commencer dans un camping. Je m'y suis mis sur une plage en Vendée où il n’y avait personne, je n’ai pas envie d’avoir les regards des gens." 

A tous ceux qui vont venir se rincer l'oeil...

"Où sont les femmes ?" C’est sûr, c’est même flagrant : ce vendredi, il n’y a aucune femme. Cédric le reconnaît. "A la piscine Roger-Legall, où nous avons des temps ouverts aux naturistes, elle sont une quinzaine sur 370 adhérents..." A cela, plusieurs explications : la sécurité peut-être, ou le fait que, selon lui, "les femmes pratiquent beaucoup plus dans un cadre familial, fermé comme les campings... Mais c’est en augmentation permanente !"

"C’est pas avec les curieux que vous aurez des problèmes, mais avec des gens qui ont des enfants !" Ça, c’est Thierry. Il parle à Cédric et s’inquiète d’éventuels enquiquineurs autour des nudistes. "Parce que là, il n’y a personne. Mais quand il fait beau, c’est blindé sur la plaine juste à côté, plein de familles passent à vélo... Je vois déjà les disputes, gros comme une maison, avec toutes les familles cathos qui vont tiquer !" Pascal, lui, pense "à tous ceux qui vont venir se rincer l’œil" : "Ils seront même dans les fourrés... ", rigole-t-il. Surtout, il craint des incidents plus sérieux : "Comme ça a été médiatisé, je crains un peu que des bandes de racailles viennent juste pour voir, 'casser du PD'." Cédric rassure : la zone n’est autorisée qu’en journée, jusqu’à 19 h 30. Après, il faut se rhabiller. Et surtout, "l’idée d'occuper le terrain", pour faire partir tous ceux qui ont "des mauvaises intentions". Les "mauvaise intentions", c’est en clair tout ce qui est voyeur, exhibitionnisme, proxénétisme. 

Il faut avoir envie de se mettre tout nu début octobre !Pascal

"On est en retard !" Tous les pratiquants s’accordent à le dire : les mentalités, en France, ne sont pas en avance. Et même complètement coincées. "Je suis allé en Allemagne dans les années 1990, ils sont tous à poil là-bas", dit Thierry. "Et ça ne choque personne. Il n’y a pas le regard des gens comme ça, pas de curieux." Pascal, lui, a connu l’Espagne. Là aussi, ça a l’air plus détendu sur la question du nu. Cédric approuve. Mais ajoute : "La France reste tout de même la première destination naturiste, grâce aux étrangers. Aujourd’hui, on voit une augmentation énorme de jeunes naturistes, c’est vraiment plaisant."

"Il fait un peu frisquet quand même". Le timing de l'expérimentation pose question. "C’est curieux de faire ça à cette époque-là", commente un passant. "Limite juin-juillet, j’aurais compris mais là... J’ai vu un papy torse nu... Très honnêtement, je ne vois pas l’intérêt cet après-midi". C’est sûr qu’il fait un peu frisquet. D’ailleurs, depuis le début, Cédric porte un tee-shirt, des chaussures, et rien entre les deux. Et pourquoi pas l’inverse ? "Ce sont les épaules et le torse qui prennent le plus froid", explique-t-il, bien à l’aise. "Et les chaussures, c’est parce que le sol est mouillé."  Plus loin, Pascal commente : "Ils s’y prennent un peu tard. Il faut avoir envie de se mettre tout nu début octobre !" 

"C’est un bonheur, c’est incroyable !" Ça, c’est la réponse à la question qui forcément suivait : "Mais qu’est-ce que cela apporte d’être tout nu dans la nature ?" Laquelle a déclenché un grand sourire chez nos interlocuteurs. "Mais il faut essayer !", s'enthousiasme Thierry. "Même se baigner sans maillot de bain, c’est un bonheur !" "Une fois que tout le monde est tout nu, plus personne ne se regarde", ajoute Cédric. "Beaucoup de femmes me disent que nues parmi les nus, elles se sentent plus à l’aise qu’en maillot de bain, string ou tenue de bain sur une plage textile."

Invitation lancée. Bref, les naturistes sont installés. Et entendent bien faire de l'endroit un "espace de convivialité". Par exemple dimanche, l'ANP organise un grand pique-nique. "Il y aura des familles, des enfants, du yoga, des jeux de ballons... les textiles peuvent aussi venir ! Il faut ouvrir l'endroit au plus grand nombre."

"On veut quelque chose de respectable." Au milieu de ce trou de verdure se dresse Cédric Amato. Lui fait partie de l’ANP, association des naturistes de Paris, qui a œuvré à mettre en place l’endroit avec la mairie Là, il joue un peu le rôle de point d’information sur le site. Alors oui, il le dit, la zone est réputée pour être un "lieu de drague et de rencontres"', mais l’association veut la faire évoluer "en lieu convivial et familial, comme les naturistes aujourd’hui l’envisagent". Et entend bien, en ayant ainsi cette voie publique, déboulonner un bon nombre de clichés bien accrochés. Du genre de ceux qui associent le naturisme à tous type de rencontres à base de sexe. "Nous sommes garants de tout comportement abusifs !", revendique Cédric. "On essaie de le faire d’abord comprendre aux personnes, mais on est aussi en lien avec la police." 

"Ils avaient dit 7 hectares ? Il y a 700 mètres là !" C'est sûr que ça ne fait pas si grand, cette clairière. L'endroit est en tout cas suffisamment resserré pour que les quelques "tous nus", même pas une dizaine pourtant, aient un peu l'impression d'être en vitrine. Ou sur le passage des marcheurs. Sur son vélo, Pascal regarde de loin. 25 ans aussi qu’il pratique le bois. Il est naturiste en vacances, mais est tombé sur l’endroit par hasard jeudi pendant l'inauguration. Au début, avec les caméras, il a cru "qu'on tournait un film." Il est revenu aujourd'hui. Ça le fait marrer, ce choix d’endroit. "D’habitude il n’y a que des homosexuels qui viennent se rencontrer ici ! Ils sont contents, remarquez, ils peuvent enlever le maillot !" Il trouve l'idée plutôt bien. "Avec ma copine, on était obligés d’aller se taper des trucs à 150 km de Paris, des campings... Ça peut prendre. Le problème, c’est qu’ils risquent de passer leur temps à faire la police."

 "Police, s’il vous plaît." Justement, la police est là. Un homme et une femme, en civil, se promènent l’air de rien. Histoire de surveiller. Ils ont surtout l’air d'être chargés de réguler les bonnes pratiques dans ce lieu apparemment, donc, dédié aux rencontres gays. "Hier, un policier a repris quelqu’un en disant : 'Attention, ce n’est pas le cap d’Agde pour autant !' J’ai été ravi de l’entendre", rapporte Cédric. "On est en train de changer un peu la connotation de l’endroit, drague et rencontres, on refait vivre un endroit qui n’était pas très, très... Il ne fallait pas que les enfants viennent !" ls auraient dû mettre les panneaux avantThierry
"On ne va pas imposer aux gens de se mettre nus." Ici, c’est donc une zone libre. Ouverte. Les "textiles" sont autorisés. "On n’est pas dans quelque chose de communautaire", explique Cédric. "Ce n’est pas fermé, ce n’est pas clôturé, tout le monde peut passer. C’est juste un lieu qui dit ‘vous ne serez pas verbalisés si vous êtes tous nus’, c’est tout. Si vous voulez discuter, vous pouvez rester habillés. On a cette liberté."

"Je ne pourrai plus amener ma nièce ici !" Ça, c’est un commentaire qu’a entendu Cédric, et qu’il ne comprend pas. "On a des enfants qui font du naturisme !  Les enfants comprennent la nudité. Souvent, les réticences viennent de l’éducation, des blocages des parents." Mais pour l’instant, les passants, à part glisser un oeil amusé, n'ont pas l'air plus embêtés que ça. 

"Ils auraient dû mettre les panneaux avant !" Entre habitués habillés et naturistes, un débat s’engage autour de la signalisation : "Ils auraient dû mettre des panneaux avant, le long de la grande allée, pour que les gens qui ne veulent pas soient prévenus avant", estime Thierry. Ce à quoi, Cédric, le naturiste, apporte une autre réponse : "Oui, mais un panneau posé sur une allée principale va attirer les curieux !" De toute façon, c'est la municipalité qui a décidé.

"On tient un peu une permanence."  Cédric ne travaillait pas, il a choisi de passer cet après-midi ici. Histoire de faire "un peu permanence." Parce qu’autour de ce lieu, l’association des naturistes de Paris entend faire de la pédagogie. Faire connaître la pratique, aussi. "Combien y-a-t-il de jeunes qui veulent essayer et ne peuvent pas ?", questionne-t-il. "Cet espace va permettre à ceux qui n’ont jamais osé de le faire. Ça va durer une demi-heure, ou une demi-journée, et en fin de compte, ils vont dire : ça me plaît." Parce qu’il faut s’habituer, un peu, à tout montrer. Lui raconte qu’il a commencé à 18 ans. "Mais jamais je n’aurais osé commencer dans un camping. Je m'y suis mis sur une plage en Vendée où il n’y avait personne, je n’ai pas envie d’avoir les regards des gens." 
A tous ceux qui vont venir se rincer l'oeil...
"Où sont les femmes ?" C’est sûr, c’est même flagrant : ce vendredi, il n’y a aucune femme. Cédric le reconnaît. "A la piscine Roger-Legall, où nous avons des temps ouverts aux naturistes, elle sont une quinzaine sur 370 adhérents..." A cela, plusieurs explications : la sécurité peut-être, ou le fait que, selon lui, "les femmes pratiquent beaucoup plus dans un cadre familial, fermé comme les campings... Mais c’est en augmentation permanente !"

"C’est pas avec les curieux que vous aurez des problèmes, mais avec des gens qui ont des enfants !" Ça, c’est Thierry. Il parle à Cédric et s’inquiète d’éventuels enquiquineurs autour des nudistes. "Parce que là, il n’y a personne. Mais quand il fait beau, c’est blindé sur la plaine juste à côté, plein de familles passent à vélo... Je vois déjà les disputes, gros comme une maison, avec toutes les familles cathos qui vont tiquer !" Pascal, lui, pense "à tous ceux qui vont venir se rincer l’œil" : "Ils seront même dans les fourrés... ", rigole-t-il. Surtout, il craint des incidents plus sérieux : "Comme ça a été médiatisé, je crains un peu que des bandes de racailles viennent juste pour voir, 'casser du PD'." Cédric rassure : la zone n’est autorisée qu’en journée, jusqu’à 19 h 30. Après, il faut se rhabiller. Et surtout, "l’idée d'occuper le terrain", pour faire partir tous ceux qui ont "des mauvaises intentions". Les "mauvaise intentions", c’est en clair tout ce qui est voyeur, exhibitionnisme, proxénétisme. 
Il faut avoir envie de se mettre tout nu début octobre !Pascal
"On est en retard !" Tous les pratiquants s’accordent à le dire : les mentalités, en France, ne sont pas en avance. Et même complètement coincées. "Je suis allé en Allemagne dans les années 1990, ils sont tous à poil là-bas", dit Thierry. "Et ça ne choque personne. Il n’y a pas le regard des gens comme ça, pas de curieux." Pascal, lui, a connu l’Espagne. Là aussi, ça a l’air plus détendu sur la question du nu. Cédric approuve. Mais ajoute : "La France reste tout de même la première destination naturiste, grâce aux étrangers. Aujourd’hui, on voit une augmentation énorme de jeunes naturistes, c’est vraiment plaisant."

"Il fait un peu frisquet quand même". Le timing de l'expérimentation pose question. "C’est curieux de faire ça à cette époque-là", commente un passant. "Limite juin-juillet, j’aurais compris mais là... J’ai vu un papy torse nu... Très honnêtement, je ne vois pas l’intérêt cet après-midi". C’est sûr qu’il fait un peu frisquet. D’ailleurs, depuis le début, Cédric porte un tee-shirt, des chaussures, et rien entre les deux. Et pourquoi pas l’inverse ? "Ce sont les épaules et le torse qui prennent le plus froid", explique-t-il, bien à l’aise. "Et les chaussures, c’est parce que le sol est mouillé."  Plus loin, Pascal commente : "Ils s’y prennent un peu tard. Il faut avoir envie de se mettre tout nu début octobre !" 

"C’est un bonheur, c’est incroyable !" Ça, c’est la réponse à la question qui forcément suivait : "Mais qu’est-ce que cela apporte d’être tout nu dans la nature ?" Laquelle a déclenché un grand sourire chez nos interlocuteurs. "Mais il faut essayer !", s'enthousiasme Thierry. "Même se baigner sans maillot de bain, c’est un bonheur !" "Une fois que tout le monde est tout nu, plus personne ne se regarde", ajoute Cédric. "Beaucoup de femmes me disent que nues parmi les nus, elles se sentent plus à l’aise qu’en maillot de bain, string ou tenue de bain sur une plage textile."

Invitation lancée. Bref, les naturistes sont installés. Et entendent bien faire de l'endroit un "espace de convivialité". Par exemple dimanche, l'ANP organise un grand pique-nique. "Il y aura des familles, des enfants, du yoga, des jeux de ballons... les textiles peuvent aussi venir ! Il faut ouvrir l'endroit au plus grand nombre."

Vive le nudisme, à bas les nippes !!
 

 

Published by Un Sage
4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 10:55

Johnny : de retour en France pour voir comment sa chimiothérapie évolue

©AFP Photos

Après avoir passé des vacances avec ses proches pour se reposer après les traitements Johnny Hallyday est de retour en France pour raison médicale.

Après s'être ressourcé avec ses proches sur l'île Saint Barthélémy au mois de juillet le magazine VSD annonce que Johnny Hallyday est de retour en France pour suivre des analyses et voir comment le "nouveau protocole de chimiothérapie évolue". Le 8 mars dernier le chanteur a annoncé qu'il est atteint d'un cancer du poumon et suit depuis des traitements intensifs aux Etats-Unis.

S'étant vu administrer un protocole depuis l'hôpital américain à Neuilly, l'idole des jeunes était ensuite parti se ressourcer auprès de sa famille dans les caraïbes.

Mais que les fans se rassurent Johnny a posté pleins de photos sur les réseaux sociaux pour montrer qu'il était en pleine forme et surtout il vient d'annoncer une tournée rock&blues en 2018 !!!!!

**************************

Cancer du poumon : les chances de survie

  1. Les chances de survie dépendront du stade auquel le cancer est diagnostiqué. Elles seront plus élevées si le cancer est décelé à un stade précoce (stade 1 ou 2) et diminueront s’il n’est découvert qu’aux stades 3 ou 4, qui signifient que le cancer s’est propagé sous forme de métastases aux ganglions lymphatiques, à la plèvre, à l’autre poumon ou à d’autres organes situés hors du thorax.
  2. Ainsi, selon l’Inca, qui s’appuie sur les résultats de l’étude nationale PETRI , la survie relative à 5 ans est de 47% pour un diagnostic au stade 1 , de 32% pour le stade 2 , de 22% pour le stade 3 et seulement de 5% pour le stade 4 .
  3. Cela signifie par exemple qu’une personne diagnostiquée d’un cancer du poumon au stade 1 aura 47% de chance d’être en vie 5 ans après le diagnostic. En ce qui concerne Johnny, la localisation et le stade de son cancer n’ont pas été révélés, ce qui ne permet donc pas d’estimer son pronostic pour le moment.
  4. Le cancer du poumon a touché d'autres stars , qui n'y ont pas survécu : c'est le cas d'Elie Kakou, de Pierre Bachelet, de Gilbert Bécaud ,de Jacques Brel,d'Alain Bashung, de Serge Gainsbourg, de Georges Brassens,de Marcel Béliveau etc......

 


 

 

 

Published by Un Sage
4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 10:41

Education: Monsieur le ministre, allez au contact des professeurs!

par

Laurence David

 

 Le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a le propos calme et mesuré. Sa connaissance du sujet, profonde, repose sur l’expérience d’une carrière autant que sur un questionnement et des recherches menées sur le long terme. Nous voici bien loin du hollandisme et de sa ministre qui, n’ayant jamais enseigné, ni pratiqué les arcanes administratives du système éducatif, ni même été parent d’élève de l’école publique (tout en prétendant le contraire), se trouva acculée à régner par le mépris et le refus de tout débat. Paillettes de communication, termes choisis pour tenir à distance les « pseudo-intellectuels », complaisance d’une grande partie de la presse, suffirent pourtant à lui permettre d’achever une entreprise de dévastation de l’Ecole de la République sans précédent.

Le premier degré, victime de la première heure de la Refondation est aujourd’hui un territoire à vif. La défiance des parents d’élèves côtoie le découragement de personnels usés par des avalanches de textes au vocabulaire abscons et des parutions de manuels bâclés. Jean-Michel Blanquer chemine donc à pas feutrés.

Que sait-il réellement du terrain?

Il assure, dans son dernier livre, vouloir « une organisation régénérée qui donne du pouvoir aux acteurs » et ceci « au plus près du terrain ». Ses propositions s’appuient sur l’étude des résultats scolaires, d’expériences réussies menées dans les pays étrangers et sur les apports des sciences cognitives. Pourtant, de la confrontation avec le réel de ce déroulé aussi huilé qu’un exposé sous PowerPoint de service marketing, naît une question : que sait-il, réellement, de l’état de ces acteurs de terrain à qui il souhaite donner tant d’autonomie et des conditions matérielles dans lesquelles ils enseignent ?

Dans l’Education nationale, les leviers de remontée de l’information sont grippés depuis longtemps. Ici comme ailleurs, le réel n’arrive plus jusqu’aux officines feutrées.

A lire aussi: Rentrée des futurs profs: à l’école des abandonnés de la République

Cette grande institution n’est pas épargnée par la crise des corps intermédiaires. Les logiques d’appareil, le goût de la cogestion apaisée, limitent le rôle de lanceurs d’alerte éclairés que devraient jouer les grands syndicats. Les cortèges rituels de grévistes n’ont pour  effet que la réduction du déficit français par économie de versement des salaires. Ces méthodes de lutte obsolètes ont lassé les enseignants qui restent désormais seuls avec un désespoir que l’absence de médecine du travail contribue à masquer.

De leur côté, les inspecteurs de l’Education nationale, premiers maillons de l’encadrement, proches du terrain, ne doivent leur carrière qu’à leur  servilité et leur capacité à limer les aspérités. Ces grands écrêteurs de vague se gardent bien, eux aussi, d’oser un diagnostic honnête sur la réalité de l’état de leurs troupes et les conditions de travail. Ainsi, lors de la mise en place des mesures Vigipirate, aucun cadre n’a pris le risque de s’assurer que tous les enseignants avaient une formation actualisée aux gestes de premier secours. Sonder la base aurait été savoir, savoir aurait impliqué d’agir en demandant d’urgence des formations, demander aurait été contrarier la vitrine de communication de la ministre. Mieux valait entretenir l’illusion que tout allait bien.

Au sein de l’Education nationale, c’est le silence des agneaux

Cette culture du « faire semblant » baigne l’intégralité de l’institution. Il suffit d’assister aux réunions de directeurs pour voir comment les consignes sont passivement ingurgitées. Il faut y avoir pris la parole pour faire, par exemple, remarquer que le confinement dans des écoles en carton pâte était criminel, pour comprendre ce qu’est le silence des agneaux. Agneaux pourtant fort loquaces à la pause café pour reconnaître que vous avez raison mais qu’ils sont muselés par la crainte de passer pour le mouton noir ou le sentiment d’inutilité d’une telle démarche. De même, lors des formations, les conseillers pédagogiques déroulent doctement les exposés PowerPoint du ministère devant une assemblée d’enseignants silencieux, avant d’abandonner ces derniers avec plus de deux-cents pages de programmes illisibles, confus, botoxés au verbiage pédagogiste le plus abscons.

C’est ce processus qui permit de mettre en place les nouveaux rythmes scolaires. Les bons experts avaient été choisis, le ministre agissait pour le bien des enfants, les opposants leur voulaient donc du mal. La transmission de l’évaluation de ce brillant dispositif fut confiée aux maires qui, tenus par les cordons de la bourse furent peu enclins à s’étaler sur d’éventuelles difficultés. Suivirent les nouveaux programmes, la disparition des livrets d’évaluation en maternelle remplacés par un album recueillant chaque année les photographies de cinq « exploits de l’enfant », le livret scolaire universel informatisé qui ne fonctionne pas…

La vie continue ainsi avec un ruissellement de directives plus ou moins bien appliquées, plus ou moins bien adaptées, mais jamais contredites, jamais évaluées ou alors, avec des questionnaires soigneusement élaborés pour ne faire ressortir que le meilleur. Un double écueil se fait donc jour ici : trouver un moyen efficace d’obtenir la remontée des informations du terrain et s’assurer que celles-ci soient une photographie la plus fidèle possible des faits.

Réseaux d’Education Prioritaire vs. « reste de la France »

L’un des sujets les plus mal connus est l’inégalité territoriale des moyens alloués au premier degré. De façon courante, le terme d’inégalité est systématiquement employé sous l’angle socio-économique des publics accueillis dans les établissements. C’est ainsi que l’on se limite à la dichotomie Réseaux d’Education Prioritaire (R.E.P.) versus « reste de la France ».

Or des écarts existent bien au delà de cette typologie binaire. Une analyse fine devrait en être faite avant toute velléité d’accroissement de l’autonomie des établissements.

Rappelons que, si les traitements des enseignants sont à la charge de l’Etat,  l’investissement et les crédits de fonctionnement relèvent des communes ou des intercommunalités et qu’il n’existe aucun cahier des charges, ni même un simple indicateur de référence définissant des éléments aussi élémentaires que :

  • la surface des classes et les locaux annexes indispensables à une école
  • le budget de fonctionnement minimal par élève
  • le type de matériel et de maintenance informatiques à prévoir
  • l’accès plus ou moins aisé à des infrastructures sportives et des ressources culturelles nécessaire à l’application des programmes.

Certes, cette réalité est complexe à appréhender. Une municipalité peut faire le choix de ne pas subventionner de sorties, mais offrir la gratuité des musées et de l’accès à la piscine de la ville. Telle autre ne donnera qu’un budget faible pour les manuels, mais laissera un accès non plafonné aux photocopies couleurs… La réforme des rythmes scolaires a été l’occasion d’un coup de projecteur sur ces importantes disparités dans la qualité des contextes d’enseignement. Il serait dommage que le signal d’alerte lancé soit ignoré.

Enfin, pour être tout à fait complète, une évaluation des moyens « hors les murs » s’impose, incluant un bilan du tissu sanitaire et social de la zone d’exercice. Comment exiger que les enseignants adaptent leurs méthodes s’il n’existe aucune orthophoniste disponible dans le secteur pour répondre aux besoins d’un enfant ? Comment leur imposer de tenir des réunions autour des difficultés d’un élève si aucun spécialiste ne se déplace pour y assister ? Comment leur demander de mener seul une pédagogie différenciée quand ils compensent le  manque de place en instituts spécialisés en accueillant des élèves ne relevant plus du champ scolaire ?

« L’esprit d’équipe » a ses limites

Les études économiques, telles que celle de France Stratégie, mettent clairement en évidence un accroissement des inégalités territoriales et l’échec de la décentralisation en matière de correction de ces dernières. Penser « responsabiliser les acteurs » en publiant les résultats des écoles, sans mener préalablement une monographie honnête du contexte d’exercice serait condamner les équipes à des comparaisons injustes et déstabilisantes.

Jean-Michel Blanquer a pour expression favorite « l’esprit d’équipe », il « fait confiance à l’intelligence collective des acteurs de terrains ».

Bien des profils peuvent cohabiter dans une cour d’école : les enthousiastes de la Refondation hollandaise, les « réacs » qui y virent un nivellement vers le bas et les indifférents étanches depuis toujours aux réformes. Il y a aussi les nomades, cette petite fraction d’enseignants émotionnellement usés ou inadaptés que la hiérarchie promène discrètement d’école en école afin d’en diluer l’impact sur les élèves. Enfin, le libéralisme a fait naître une nouvelle espèce: le contractuel, tout droit venu de Pôle Emploi, que l’on glisse dans une classe sans rien dire aux parents. Il n’a pas le concours, peut n’avoir aucune expérience, juste un niveau d’étude suffisant. Il apparaît quand la gestion comptable a raclé jusqu’à l’os les effectifs et manque de bras. Il est là pour le meilleur ou pour le pire, sans formation spécifique ni contrôle de l’aptitude in situ.

Ce sont avec ces profils là, hétérogènes et habitués à vaquer à leur guise au nom de la liberté pédagogique, que le directeur d’école devra faire naître un esprit d’équipe. Tout en étant, le plus souvent, chargé d’une classe, car le ministre reconnaît dans son livre que « faire évoluer les statuts pour créer 45000 postes de directeurs d’école à temps plein  paraît hors d’atteinte en terme budgétaire ». Il faudra donc bricoler, gérer sans carotte ni bâton, en n’ayant aucune prise sur les paramètres de gestion. On ne peut-être que dubitatif, surtout lorsque l’on sait que, même en Suède, le métier de chef d’établissement, trop complexe, n’attire plus (0.6 postulants en moyenne par poste vacant) malgré des rémunérations sans commune mesure avec la France et infiniment plus de leviers d’action(choix de son équipe, main sur les rémunérations, temps pour rencontrer les partenaires…).

Les parents d’élèves, eux, sont désormais des usagers à qui l’on a vendu l’espoir d’un suivi  individualisé. Le fait que cela soit difficilement faisable dans des classes à 27, emplies de profils de plus en plus complexes, leur importe somme toute assez peu. Leurs représentations du métier d’enseignant sont bien plus souvent assises sur les coups de communication du ministère ou les souvenirs d’enfance que sur une analyse pondérée et approfondie des faits. Pour quelques individus adaptés et impliqués, combien sont-ils qui, n’échappant pas à l’individualisme de nos sociétés, n’expriment en conseil d’école rien d’autre que des demandes servant l’intérêt de leur propre progéniture ? Espérer que le savoir-faire et l’esprit requis pour représenter la communauté des géniteurs naîtra spontanément et fera du parent lambda un partenaire de gestion éclairé semble quelque peu hasardeux.

Quid des autres acteurs?

Reste le dernier élément, si peu évoqué par le ministre : les élus locaux. Certes, il est des  maires exemplaires et dévoués au bien public. Hommes d’écoute et de dialogue, ils seront des appuis sûrs pour construire une école à la hauteur des enjeux. Mais que se passera-t-il lorsque s’exprimeront des objectifs électoraux, des choix clientélistes ou des impératifs de gestion plus ou moins compatibles avec les objectifs pédagogiques ? Comment contrer la tendance logique au « qui paie décide » ? De quel temps et soutien disposera ce directeur-patron  pour convaincre que le budget ne lui permet pas d’acheter des manuels ou que, sans maintenance, le réseau instable rend l’utilisation des ordinateurs aléatoire ?

On peut nourrir l’espoir que « l’intelligence collective » viendra à bout de tout, que les points forts des uns compenseront la faiblesse des autres et qu’une main invisible amènera le système à un niveau de performance satisfaisant. On peut aussi penser qu’une telle organisation repose sur un scénario dont les ressorts sont, encore et toujours, la bonne volonté et le don de soi. Peut-être serait-il sage de s’assurer que les acteurs sont à même de le jouer ?

Fort de l’ensemble de ces constats, il faut souhaiter que, dans cette France En Marche si pressée, une chance soit laissée au ministre d’ajuster ses positions, surtout face à l’échec de la Suède où la chute du niveau scolaire consécutive au processus de décentralisation éducative conduit aujourd’hui l’O.C.D.E. à lui demander un rétropédalage.

Vers une nouvelle réforme libérale ?

Jean-Michel Blanquer a eu le courage d’annoncer clairement sa stratégie et ses arguments. Osera-t-il suivre la méthode d’un Alexandre Bompard qui, lorsqu’il est arrivé à la tête de la FNAC, a, pendant trois mois, discuté avec de simples vendeurs anonymes, choisis au hasard, loin des regards de leur encadrement ? Nos écoles méritent mieux que d’être un simple vivier où ses équipes viendront sélectionner des expériences réussies, car portées par un contexte facilitant, pour les jeter au visage d’équipes moins favorisées…

S’approcher du réel au plus près serait une vraie rupture de méthode. On pourrait alors espérer qu’un état des lieux précis des moyens alloués, consultable en toute transparence par tous et un cahier des charges encadrant ceux nécessaires au fonctionnement d’une école, permettent à ces « acteurs » que l’on souhaite responsabiliser de disposer de données sur lesquelles assoir leur pilotage ou leurs exigences de compensation.

Sans cela, les projets de Jean-Michel Blanquer ne seront qu’un simple transfert libéral de plus des responsabilités de l’Etat vers les collectivités locales et cette territorialisation de l’école achèvera de creuser les inégalités, en abandonnant les moins bien lotis à leur sort.

 

Published by Un Sage
3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 10:00
« Les congés payés sont devenus les congés payants »
Entretien avec l'écrivain Alain Paucard
par
Lucien Rabouille

C’est bientôt la fin de l’été. Le temps des tongs et des parasols sera bientôt révolu. L’occasion d’interroger un ennemi déclaré des vacances, que les fins lettrés auront déjà reconnu. Dans les milieux autorisés, comme disait Coluche, tout le monde connaît Alain Paucard, « de Paris », qui ne quitte jamais son XIVe arrondissement. L’auteur du Cauchemar des vacances (L’Âge d’homme, 1993) exècre le tourisme depuis toujours. Entretien avec un membre émérite du Club des ronchons.


 

Lucien Rabouille. Rassurez-moi, l’auteur du Cauchemar des vacances (L’Age d’homme, 1993) n’en a pas pris cette année ?

Alain Paucard. Evidemment que non, petit gars, tu m’as regardé ? Au fait, c’est vraiment Lucien Rabouille ton blase ? Putain, ça fait balzacien…

Eh oui, c’est mon vrai nom. Mais revenons à vous. Ne trouvez-pas le temps long en restant chaque été à Paris ?

Si car il y a un crime qui se commet chaque année : la fermeture de la Cinémathèque. Avec le pognon qu’ils ont aujourd’hui, ils trouvent le moyen de fermer un mois alors qu’avant où ils n’avaient pas un sou, ils ouvraient tout l’été. Sur la Nationale 20, il y a trois villes : Serrés, Célon et Tendu. A mon âge, les vraies vacances, ce serait de renouer avec ça.

Je retrouve bien là le membre du Club des ronchons. Pourquoi ne pas partir au lieu de maugréer ?

Pourquoi un homme est-il attiré par les blondes ou les brunes ? Moi, les vacances m’ennuient. Deux choses m’ennuient : ce grand accroupissement des gens et des situations et les voyages.

J’ai lu avec un peu de retard La société du spectacle de Debord. Il écrit que le touriste se contente d’aller vérifier sur place si ce que dit le dépliant est vrai. Et aujourd’hui, avec Internet et la télévision, on n’a même plus besoin de se déplacer. Le tourisme de masse est un destructeur de civilisation. Cocteau a dit un jour que tout ce qu’on écrit finit par arriver. En 1967, il y a Raymond Borde, le conservateur de ma cinémathèque de Toulouse et ancien surréaliste, qui a publié un livre qui s’appelle L’extricable. Il écrivait dedans qu’on finirait par construire, écoute bien ça, un Luna Park dans la Beauce.

Qu’est-ce que c’est ?

T’es jeune, tu ne sais pas ce que c’est bien évidemment. C’était une sorte de fête foraine permanente à l’endroit du Palais des congrès. Extraordinaire, le Luna Park dans la Beauce est arrivée avec Disneyland qui prétend servir les mythes et traditions françaises et européennes. Alors que le château de la Belle au Bois dormant, on peut le visiter à Pierrefond où les créneaux sont probablement de Viollet-le-Duc.

Pour prendre un autre exemple, les Egyptiens, pour protéger les pyramides, devraient leur substituer des pyramides gonflables qu’on dégonflerait tous les soirs et qu’on regonflerait le lendemain… Le touriste n’y verrait que du feu !

Le touriste, parlons-en. Comment le définiriez-vous ?

C’est quelqu’un qui a une obligation de touriste, qui est conditionné pour acheter une tenue de touriste, des instruments de touriste : short beige, socquettes noires dans des pompes de ville, bourses complaisamment désignées à l’attention des pick-pockets à la ceinture. Toutes les variétés possibles d’appareil photo. Le touriste croit avoir une mission touristique qui est de s’intéresser aux autres sociétés alors que fondamentalement, il s’en fout complètement.

Où est passé le Paucard communiste ? Les congés payés, ça soulage le peuple… 

Pas du tout. A partir du moment où « on », c’est à dire la bourgeoisie et le patronat, a octroyé des congés au populo, on a récupéré d’une main ce qu’on lui donné par les vacances et le tourisme.

En fait, les congés payés sont certes obtenus en 1936 contre les milieux industriels mais ils vont créer une nouvelle industrie. Les congés payés sont devenus les congés payants !

De plus en plus d’ouvriers et de chômeurs renoncent à partir en vacances mais cela ne semble pas vous réjouir…

Rien ne me plait dans l’avenir. Je suis plus près de ma mort que de ma descendance. Les gens se démerderont. Mes parents qui ont connu l’Occupation, ont finalement connu quelque chose de plus discernable. L’ennemi était en uniforme. On vit aujourd’hui dans une société qui allie les islamistes aux tours opérators.

 

 

Published by Un Sage
3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 09:15

Il était un petit homme, Pirouette cacahuète 
Il était un petit homme 
Qui avait une drôle de maison 

Qui avait une drôle de maison 
Sa maison est en carton, Pirouette cacahuète 
Sa maison est en carton 
Les escaliers sont en papier 

Les escaliers sont en papier 
Si vous voulez y monter, Pirouette cacahuète 
Si vous voulez y monter 
Vous vous casserez le bout du nez 

Vous vous casserez le bout du nez 

Le facteur y est monté, Pirouette cacahuète 
Le facteur y est monté 
Il s’est cassé le bout du nez 
Il s’est cassé le bout du nez 

On lui a raccommodé, Pirouette cacahuète 
On lui a raccommodé 
Avec du joli fil doré 
Avec du joli fil doré 

Le beau fil, il s’est cassé, Pirouette cacahuète 
Le beau fil, il s’est cassé 
Le bout du nez s’est envolé 
Le bout du nez s’est envolé 

Un avion à réaction, Pirouette cacahuète 
Un avion à réaction 
A rattrapé le bout du nez 
A rattrapé le bout du nez 

Mon histoire est terminée, Pirouette cacahuète 
Mon histoire est terminée 
Je m’en vais la recommencer 
Je m’en vais

*************

Rondin, picotin la Marie a fait son pain
Pas plus gros que son levain
Son levain était moisi
Et son pain tout aplati
Tant pis.

**************

Ainsi font, font, font,
Les petites marionnettes,
Ainsi font, font, font,
Trois p'tits tours et puis s'en vont.

Les mains aux côtés,
Sautez, sautez, marionnettes,
Les mains aux côtés,
Marionnettes, recommencez.

La taille courbée,
Tournez, tournez, marionnettes,
La taille courbée,
Marionnettes, recommencez
.

Puis le front penché,
Tournez, tournez, marionnettes,
Puis le front penché,
Marionnettes, recommencez.


Ainsi font, font, font,
Les petites marionnettes,
Ainsi font, font, font,
Trois p'tits tours et puis s'en vont.


Et elles danseront,
Les petites marionnettes,
Et elles danseront,

Quand les enfants dormiront.

*************

Au feu, les pompiers,
V'là la maison qui brûle !
Au feu, les pompiers,
V'là la maison brûlée !

C'est pas moi qui l'ai brûlée,
C'est la cantinière,
C'est pas moi qui l'ai brûlée,
C'est le cantinier.

Au feu les pompiers

V'là la maison qui brule

Au feu,les pompiers

V'là la maison brulée

**************

Au marché, au marché
Tu peux, tu peux tout trouver
Des patates et du poisson
Des savates et du savon
Au marché, au marché
Tu peux, tu peux tout trouver
Et le samedi, du pissenlit
pour faire joli. 
Un chou-fleur pour ta soeur
3 oeufs pour le prix de 2
Du hachis pour midi
Le dessert que tu préfères
C'est la vanille pour les p'tites filles
Et le citron pour les garçons. 
Un pot d'colle pour l'école
Quelques clous pour quelques sous
Du shampoing pour le bain
La pommade pour malade
Une théière pour grand-mère
Et du tabac pour grand-papa. 
Des guirlandes pour Yolande
La barbe à saint Nicolas
Un banjo rigolo
Des boutons pour ton veston
Et si t'as faim
Y'a du bon pain 
Chez l'boulanger just'à côté.

*************

Mon beau sapin, 
Roi des forêts 
Que j'aime ta verdure. 
Quand par l'hiver 
Bois et guérêts 
Sont dépouillés 
De leurs attraits 
Mon beau sapin, 
Roi des forêts 
Tu gardes ta parure. 
Toi que Noël 
Planta chez nous 
Au saint anniversaire 
Joli sapin, 
Comme ils sont doux 
Et tes bonbons 
Et tes joujoux 
Toi que Noël 
Planta chez nous 

****************

Ah Mon beau château
Ah mon beau château
Ma tant'tire lire lire
Ah mon beau château
Ma tant' tire lire lo
Le nôtre est plus beau
Ma tant' tire lire lire
Le nôtre est plus beau
Ma tant 'tire lire lo
Nous le détruirons
Ma tant'.
A coup de canons
Ma tant'...
Ou à coups d'bâtons
Ma tant'...
Nous le referons
Ma tant'...
Encor' bien plus beau
Ma tant'...
Comment ferez-vous?
Ma tant'
Nous prendrons vos filles
Ma tant'...
Laquelle prendrez-vous?
Ma tant'
Celle que voici
Ma tant'...
Que lui donnerez-vous?
Ma tant'...
De jolis bijoux
Ma tant'.
Nous n'en voulons pas
Ma tant'...

*************

"Fais dodo, Colas mon p'tit frère
Fais dodo, t'auras du lolo
Maman est en haut

Qui fait des gateaux
Papa est en bas
Qui fait du chocolat
Fais dodo, Colas mon 'ptit frère

Fais dodo, t'auras du lolo

*************

 

Au clair de la lune, 
Mon ami Pierrot, 
Prête-moi ta plume 
Pour écrire un mot. 
Ma chandelle est morte, 
Je n´ai plus de feu, 
Ouvre-moi ta porte, 
Pour l´amour de Dieu. 

Au clair de la lune 
Pierrot répondit : 
"Je n´ai pas de plume, 
Je suis dans mon lit. 
Va chez la voisine, 
Je crois qu´elle y est, 
Car dans sa cuisine 
On bat le briquet. 

Au clair de la lune, 
L'aimable Lubin 

Frappe chez la brune, 
Ell' répond soudain : 
Qui frapp' de la sorte ? 
Il dit à son tour : 
Ouvrez votre porte 
Pour le dieu d'amour ! 

Au clair de la lune, 
On n´y voit qu´un peu : 
On chercha la plume, 
On chercha le feu. 
En cherchant d´la sorte 
Je n´sais c´qu´on trouva, 
Mais j´sais que la porte 
Sur eux se ferma 

{Variante:} 
Au clair de la lune 
Pierrot se rendort. 
Il rêve à la lune, 
Son cœur bat très fort; 

**************

À la claire fontaine
M'en allant promener,
J'ai trouvé l'eau si belle,
Que je m'y suis baignée.

Il y a longtemps que je t'aime
Jamais je ne t'oublierai.

Sous les feuilles d'un chêne
Je me suis fait sécher,
Sur la plus haute branche,
Un rossignol chantait.

Il y a longtemps que je t'aime
Jamais je ne t'oublierai.

Chante, rossignol, chante,
Toi qui as le coeur gai,
Tu as le coeur a rire,
Moi, je l'ai à pleurer.

Il y a longtemps que je t'aime
Jamais je ne t'oublierai.

J'ai perdu mon ami
Sans l'avoir mérité,
Pour un bouquet de roses,
Que je lui refusai.

Il y a longtemps que je t'aime

Jamais je ne t'oublierai.

Je voudrais que la rose
Fût encore au rosier,
Et que mon doux ami
Fût encore à m'aimer

****************

À la pêche aux moules, moules, moules
Je n'veux plus y aller maman
Les gens de la ville, ville, ville
M'ont pris mon panier maman
Les gens de la ville, ville, ville
M'ont pris mon panier maman

Quand une fois ils vous tiennent, tiennent, tiennent
Sont-ils de bons enfants
Quand une fois ils vous tiennent, tiennent, tiennent
Sont-ils de bons enfants
Ils vous font des petites caresses
Et des petits compliment
*************
Ah ! Vous dirai-je, Maman,
Ce qui cause mon tourment.
Papa veut que je raisonne,
Comme une grande personne.

Moi, je dis que les bonbons
Valent mieux que la raison.
*************

Ah! Mon beau château,
Ma tant' tire lire lire,
Ah! Mon beau château, 
Ma tan'tire lire lo.
Le nôtre est plus beau,
Ma tant' tire lire lire,
Le nôtre est plus beau,
Ma tant' tire lire lo.
Nous le détruirons,
Ma tant' tire lire lire,

Nous le détruirons
Ma tant'.
A coup de canons
Ma tant'...
Ou à coups d'bâtons

Ma tan'tire lire lo.
Nous paierons rançon,
Ma tant' tire lire lire,
Ma tant' tire lire lo.
Vos filles de m'en donne,
Ma tant' tire lire lire,
Vos filles de m'en donne,
Ma tant' tire lire lo.
Laquell' prendrez-vous? 
Ma tant' tire lire lire,
Laquell' prendrez-vous?
Ma tan'tire lire lo.
Celle que voici,
Ma tant' tire lire lire,
Celle que voici,
Ma tan'tire lire lo.
Que lui donn'rez-vous?
Ma tant' tire lire lire,
Que lui donn'rez-vous?
Ma tan'tire lire lo.
De jolis bijoux,
Ma tant' tire lire lire,
De jolis bijoux,
Ma tan'tire lire lo.
Nous en voulons bien,
Ma tant' tire lire lire,
Nous en voulons bien,
Ma tan'tire lire lo.

**********

Il était un p'tit homme 
Appelé Guilleri, 
Carabi, 
Il s'en fut à la chasse, 
A la chasse aux perdrix, 
Carabi 
(Refrain) 
Toto carabo, titi carabi, 
Compère Guilleri. 
Te lairas-tu, te lairas-tu, 
Te lairas-tu mouri. 

l s'en fut à la chasse, 
A la chasse aux perdrix 
Carabi 
Il monta sur un arbre 
Pour voir ses chiens couri, 
Carabi, 

La branche vient à rompre 
Et Guilleri tombit 
Carabi. 
Il se cassa la jambe 
Et le bras se démit, 
Carabi 
Les dames de l'hôpital 
Sont arrivées au bruit, 
Carabi 
L'une apporte un emplâtre, 
L'autre de la charpie, 
Carabi 

On lui banda la jambe 
Et le bras lui remit, 
Carabi 

Pour remercier ces dames, 
Guilleri les embrassit 
Carabi 
Ça prouve que par les femmes 
L'homme est toujours guéri, 
Carabi.

************

Le bon roi Dagobert
A mis sa culotte à l'envers
Le grand saint Eloi lui dit 
O mon roi
Votre majesté
Est mal culottée
C'est vrai lui dit le roi
Je vais la remettre à l'endroit

Le bon roi Dagobert
Chassait dans les plaines d'Anvers
Le grand saint Eloi lui dit 
O mon roi
Votre majesté
Est bien essoufflée

C'est vrai lui dit le roi
Un escargot courait après moi

Le bon roi Dagobert
Avait un grand sabre de fer
Le grand saint Eloi lui dit 
O mon roi
Votre majesté
Pourrait se blesser
C'est vrai lui dit le roi
Qu'on me donne un sabre de bois

Le bon roi Dagobert
Craignait fort d'aller en enfer
Le grand saint Eloi lui dit 

O mon roi
Je crois bien ma foi
Que vous irez tout droit
C'est vrai lui dit le roi

Ne voudrais-tu pas mourir pour moi

***********

Dansons la capucine
Y'a pas de vin chez nous
Y'en a chez la voisine
Mais ce n'est pas pour nous
You !

Dansons la capucine
Y'a pas de feu chez nous
Y'en a chez la voisine
Mais ce n'est pas pour nous
You !

Dansons la capucine
Y'a du plaisir chez nous
On pleure chez la voisine
On rit toujours chez nous
You !

*******************

 

En publiant ces rangaines d'autrefois je crois bien que je retombe en enfance et devient gaga,la maladie d'Alzheimer n'est peut-être pas loin!!

-

 

 


 

 

Published by Un Sage
2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 13:00

La fortune de Nicolas Hulot fait-elle peur à l’Elysée ?

Publié par Jean Legeard 

Le débat sur la transformation de l’ISF en impôt sur l’immobilier devrait se tenir à l’automne. Au même moment, le patrimoine des ministres sera rendu public  Au vu des révélations du Canard Enchaîné sur la fortune de Nicolas Hulot, le calendrier est loin d'être opportun ...

Ce mercredi, un des principaux ministres d’Emmanuel Macron, cité par Le Canard Enchaîné, s’est montré inquiet quant au calendrier des débats sur les futurs réformes fiscales. Il a notamment évoqué la modification de l’ISF en simple impôt sur l’immobilier, qui selon lui bénéficiera à Nicolas Hulot : "Hulot est l’un des ministres les plus riches du gouvernement (…) Il y aura bien un pervers pour calculer combien d’ISF il va payer en moins grâce à cette réforme." a-t-il confié au journal satirique.

Nicolas Hulot épinglé par "Le Canard enchaîné" pour d'embarrassantes rémunérations

Dans son édition de mercredi, l'hebdomadaire satirique rappelle que plusieurs entreprises françaises ont subventionné sa fondation. Ce qui pourrait être source de conflits d'intérêts pour le nouveau ministre.

Et pour cause, en juillet dernier, Le Canard Enchaîné a révélé les importantes sommes perçues par Nicolas Hulot via sa société Eole, dont il détenait 99,9% des parts. En 2013, le ministre de l’Ecologie a perçu près de 290 000 euros de salaires plus 66 000 euros de dividendes de sa société. Pour l’année 2016, Nicolas Hulot a déclaré à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique avoir touché 248 000 euros provenant d'Eole Conseil, a précisé Le Figaro.

Published by Un Sage
2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 11:40
Le drôle de « statut » personnalisé de Brigitte Macron
par
Gérard Mamou

Jusqu’à ces derniers temps, la question du « statut » du conjoint du président de la République en France, qui n’avait de fait concerné que des femmes, n’était en quelque sorte qu’un sujet purement formel. On se contentait d’observer que, selon la personnalité du président, celle de son épouse ou de sa compagne, et l’éthos social et culturel du pays, l’affaire se traitait de manière assez empirique, au long cours, et l’opinion publique, plus ou moins, s’y adaptait. Ce qui ne signifiait pas que la population y fût indifférente, loin de là, mais enfin elle considérait que cette pratique souple était certainement, compte tenu de notre Constitution, quant à elle altière et très formelle, et de la diversité des personnalités concernées, la meilleure des solutions possible.

Et en effet, les modes de réponse à cette problématique se sont trouvés d’une diversité considérable, concrètement incarnée par la variété des personnalités concernées, d’Yvonne de Gaulle à Julie Gayet. Durant une longue période, le principe spontanément adopté était le suivant : le conjoint devait, selon sa relation propre au président, selon également leurs visions respectives de la « fonction », la situation politique, leurs désirs, leurs objectifs, se couler dans une posture ouverte, adaptable également à l’état socio-politique et culturel du pays et à son évolution. La nation française s’est trouvée d’autant mieux respectée au sein de cette tradition évolutive qu’elle a conservé des souvenirs au moins subliminaux, positifs comme négatifs, des rôles souvent très importants mais extraordinairement variés tenus par les épouses et favorites du roi tout au long de notre période monarchique.

Depuis Carla Bruni, un fossé entre la fonction et la représentation

C’est donc très subtilement que, au cours de la Ve République, des évolutions ont eu lieu. Les rôles d’Yvonne de Gaulle, de Claude Pompidou, d’Anne-Aymone Giscard d’Estaing, au-delà des grandes différences de caractères, ont eu la forte caractéristique commune d’être tenus de façon discrète et modeste. Si François Mitterrand a toujours voulu adopter une posture monarchique, sa double vie, comme la personnalité et les options politiques de sa femme Danielle, ont perturbé, de manière publique, l’agencement classique de la relation président-épouse. On sait que Madame Giscard d’Estaing ne se sentait pas le goût et la capacité de tenir le rôle que son époux voulait lui voir jouer. Et c’est bien pour exister que Bernadette Chirac a décidé de devenir elle-même une femme politique – comme Claude Pompidou s’était, de son côté, chargée notamment de la promotion de l’art contemporain. Mais au fond, ces pratiques diverses témoignaient de l’intéressante adaptabilité de la pratique alors en cours.

C’est sous le quinquennat du bouillant Nicolas Sarkozy que la situation a commencé à s’inverser. Il fallait être partout, et que cela se voie. En est découlé une certaine confusion socio-politique. Je me souviens de ma stupéfaction à entendre un jour Cécilia Sarkozy affirmer à la télévision qu’il était exact qu’elle participait aux réunions de cabinet de son mari (alors ministre de l’Intérieur), et ce fort activement, mais que, comme elle n’était « pas née de la dernière pluie, [elle] ne recevait strictement aucune rétribution » à ce titre. Comme si le véritable problème était principalement à ce niveau, et non d’abord à celui du fonctionnement régulier des plus hautes institutions, comportant le respect des personnes régulièrement désignées à ces fonctions ! On est en outre sidéré de devoir constater que les intéressés ne semblent pas s’être demandé si la présence physique et fort active de l’épouse du chef de l’Etat dans ces réunions très importantes ne risquait pas de créer en leur sein des silences, des réserves, des malaises, contraires à l’expression libre des réflexions et des propositions ! Bref, s’il y avait bien un problème non résolu quant à la juste position de l’épouse du chef de l’Etat, ce n’était certainement pas de cette façon qu’il allait l’être. Enfin, ce qui a caractérisé aux yeux des Français la relation entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni découlait de l’extrême besoin de reconnaissance des deux intéressés. Chacun à leur façon, porté par un narcissisme poignant, voulait d’abord et avant tout exister, être socialement, culturellement reconnu, frénétiquement pour lui, plus souterrainement pour elle. Cette période a été celle de l’introduction, au sein du pouvoir, du people, du show business, des interventions tous azimuths : c’est ici que s’est creusé le fossé entre la fonction et sa représentation.

L’incroyable désordre causé par l’intrusion éclatante dans le champ public de la vie sentimentale de François Hollande a constitué un pas de plus vers la dégradation de cette fonction. Réactions sidérantes d’une compagne évincée ; présence au Conseil des ministres présidé par le chef de l’Etat de la mère de ses enfants, ministre importante se plaisant d’ailleurs beaucoup à l’Elysée ; pratiques sentimentales juvéniles du chef de l’Etat étalées aux yeux de tous : tout cela était certes déplorable, mais manifestait que les temps avaient changé, que de nouvelles dispositions s’imposaient quant à la fonction, plus ou moins officielle et claire, du conjoint du chef de l’Etat. En ce qui concerne le principe d’une révision de la situation, il ne semble donc pas soulever d’objection.

Une réponse ad hoc hétérogène et ambiguë

Mais quelle est la solution adoptée par l’actuel président de la République pour remédier à ce problème ? Elle se trouve tout d’abord dans son engagement de créer un statut officiel de « première dame » – expression par ailleurs détestable. Dans cette démarche clairement affichée, Emmanuel Macron s’est trouvé confronté à certains obstacles, aussi bien affectifs que politiques, mais quelque peu contradictoires, qu’il se devait de prendre en compte : d’un côté la reconnaissance de l’importance de l’apport de son épouse Brigitte dans son accession au pouvoir, comme le besoin reconnu de son soutien et de son aide dans ses fonctions ; et de l’autre la crainte de voir son autorité bafouée par une campagne de presse ironique sur ses prétentions « jupitériennes » – éventuellement rapportées à l’influence marquée et reconnue de son épouse (sera-t-elle une Junon ?) sur lui – et le sentiment que l’opinion pourrait être choquée par la curieuse hiérarchie des priorités nationales que cette disposition révèlerait… Ces visées contrastées, mises en œuvre dans le regret de ne pas disposer du champ libre indispensable au déploiement entier du projet initial – un statut plénier de première dame – qui devait venir couronner d’un acte de gratitude princier la victoire politique, peuvent expliquer les ambiguïtés perceptibles dans cette « charte de transparence relative au statut de conjoint du chef de l’Etat ».

La presse nous rappelle aujourd’hui que « dès le mois de juin, la présidence de la République avait fait savoir que cette clarification ne passerait ni par la loi, ni par le règlement. Le statut de Madame Macron est « ainsi entendu comme la définition, par cette charte, de ses missions et des moyens qui lui sont alloués pour les accomplir ». Il est assez extraordinaire, au plan juridique, et s’agissant du plus haut niveau de l’Etat, que soit ainsi empiriquement créé un statut de cette nature au travers de l’octroi d’une telle « charte » portant en principe sur l’une particulière de ses caractéristiques : la nécessaire transparence financière. Les propos relativisants fournis à l’appui de cette création, tenus selon la presse par « l’entourage de la première dame », indiquent en effet qu’il s’agit là « d’un statut propre à Brigitte Macron, qui a été écrit et créé par les services juridiques de l’Elysée, puis validé par le président de la République ». C’est d’ailleurs « elle-même, nous apprend-on encore, qui a choisi ses thématiques de travail, après avoir rencontré de nombreuses personnalités ces derniers mois » ! Mais ces précisions sont-elles de nature à lever toutes les interrogations, et à convaincre du bien-fondé de l’opération ? C’est peu probable : il reste en effet que les pouvoirs réglementaires du président de la République, fût-ce sous le contrôle des « services juridiques de l’Elysée », ne s’étendent pas, sauf erreur, à la création ex nihilo d’un statut du conjoint du président de la République… De fait, vient ainsi d’être prise par le président de la République, au bénéfice d’une personne particulière, une décision importante (et dont d’ailleurs la nature prioritaire reste à démontrer), au caractère non pas même discrétionnaire, mais proprement arbitraire, et dont il est officiellement prévu que la forme qu’elle prendra dans l’avenir variera en fonction de la personne concernée. Nous venons en quelque sorte d’assister à la naissance spontanée, ingénue même peut-être, d’un pouvoir nouveau accordé au chef de l’Etat.

Des données sensibles et signifiantes

Essayons à présent d’identifier les deux ou trois principaux points d’achoppement que soulève cette charte, sans forcer la note.

Cette opération a évidemment été précédée et accompagnée d’une solide campagne de communication, on l’a constaté. Ainsi, le projet en cours visait à « mettre un terme à l’hypocrisie qui prévalait jusque-là » : qui trouverait à y redire ? Ce qui est recherché en l’occurrence, c’est « l’information », la « clarification », enfin ! L’absence de rémunération démontre indéniablement la bonne foi et le désintéressement. Et nous apprenons avec soulagement que « cette volonté de transparence s’inscrit dans la ligne des projets de loi organique et ordinaire pour la confiance dans la vie politique. » Peut-on sincèrement exiger davantage ?

Nous avons déjà énoncé l’intitulé exact de cette « charte de transparence relative au statut du conjoint du chef de l’Etat ». Il met lui-même l’accent sur ce qu’on sait être recevable, voire souhaitable dans ce projet pour l’opinion publique. Le grand décalage sémantique se dévoile cependant sans tarder : cette charte est « relative au statut du conjoint » du président. Mais qui a parlé de statut ? Quel est ce statut ? Où peut-on le trouver ? Qui l’a élaboré, préalablement à la publication de cette charte ? Quelles autorités institutionnelles ou juridiques l’ont institué, légitimé ? On ne tarde pas à saisir que c’est cette charte elle-même qui, rendant compte de ce que doit être la transparence de ce statut, fabrique ipso facto, dans le même mouvement, celui-ci ! Tour de passe-passe judicieux, mais étonnant à ce niveau de l’Etat.

Et alors, une fois cette opération réussie, tout ce qui suit dans le texte, qui n’avait qu’une valeur coutumière, sinon aucune, dans le passé lointain ou récent, acquiert en effet la force du statut. Ainsi, pour en prendre une seule illustration, il est désormais formellement établi que « le conjoint du président de la République « assure la représentation de la France, aux côtés du président de la République, lors des sommets et réunions internationales ». On aurait tort d’estimer que cette mission était tout aussi clairement actée dans les pratiques précédentes : jusqu’alors, la règle coutumière voulait que le conjoint, s’il était présent, l’était sous le seul couvert de la puissance du président, qui le voulait à ses côtés : effet logique de la non-légitimité démocratique du conjoint. Désormais, celui-ci a acquis de facto la puissance propre qui lui permet, et même qui exige de lui, comme un devoir d’Etat ès-qualités, d’assumer cette tâche, importante et sensible, de représentation du pays.

Un OVNI juridique

Dans un autre registre, les compétences attribuées au conjoint, tant qu’elles restaient implicites, ne pouvaient pas, en principe, constituer des contre-pouvoirs à l’égard des représentants de la puissance publique officielle. Evidemment, jusqu’ici, l’épouse du chef de l’Etat pouvait par exemple, à tort ou à raison, s’inquiéter voire s’indigner de certains projets du ministre de l’Education nationale, et s’en ouvrir librement à son mari. Et celui-ci, d’un mot au Premier ministre ou au ministre de l’Education, avait tout loisir d’intervenir là-dessus. Cette situation pouvait, théoriquement, concerner tous les domaines de la vie publique : cette sorte de compétence informelle pouvait se permettre d’être quasi universelle. Aucun ministre ne pouvait s’en offusquer, ou s’en inquiéter. Or, désormais, la « première dame » dispose « officiellement » d’une compétence d’intervention sur un certain nombre de domaines précisément répertoriés – dont justement, à côté d’autres champs majeurs tels la culture et la santé : l’éducation… L’ajout le plus net aux « missions » coutumièrement confiées aux épouses de président consiste dans la possibilité pour le chef de l’Etat actuel de charger Madame Macron de « missions particulières de réflexion et de propositions », donc sans cadre ou limites pré-établis. On peut penser que Brigitte Macron usera avec tact et mesure de ses nouvelles attributions, notamment par respect de l’officialité des fonctions du ministre concerné – mais pas forcément que cette situation semi-institutionnelle soit saine ni conforme à l’esprit et à la forme de nos institutions, de notre République, de notre démocratie. Nul ne peut assurer qu’elle ne provoquera pas de subtils mais pénibles et dommageables incidents. Le chef de l’Etat sera-t-il dès lors parfois amené, y compris publiquement, à de délicats arbitrages ?…

Et ce, d’autant plus que ce « statut » à demi formalisé s’avère plus ou moins un OVNI juridique, délibérément ad hoc : ce qui d’ailleurs est implicitement reconnu d’emblée par l’Elysée, qui insiste sur le fait qu’« il s’agit vraiment d’un statut propre à Brigitte Macron, qui vaut pour la durée du mandat d’Emmanuel Macron », car « il était très important que ce texte ne soit pas contraignant pour les conjoints des futurs présidents de la République ». Ces scrupules, fort honorables, sur le domaine et la durée de validité d’un tel « statut », témoignent encore, s’il en était besoin, de sa nature aléatoire et contestable, sous ses aspects politiques comme au plan juridique.

Enfin, rappelons ici, d’une part, que bien des députés ont manifesté de l’agacement devant ce projet de statut, alors qu’eux-mêmes se voient plus ou moins privés des emplois familiaux sur lesquels certains comptaient fort, d’autre part qu’une pétition en ligne s’opposant fermement à ce même projet avait déjà réuni, avant même le communiqué de l’Elysée, près de 320 000 signataires, en réaction notamment à ses aspects « monarchiques », ou simplement anti-démocratiques. Ces réactions, bien que douteuses pour une part (les emplois parlementaires très regrettés devaient, quant à eux, être rémunérés…), ont cependant contribué, par la forme de censure qu’ils ont suscitée, à la frappante ambiguïté du dispositif présenté à la presse et à la nation.

Au total, n’eût-il pas été plus sage de s’en tenir strictement, en le complétant simplement du principe bienvenu de « transparence financière », à ce que rappelle justement l’introduction de la « charte de transparence » : « Le conjoint du président de la République exerce, en vertu tant de la tradition républicaine que de la pratique diplomatique, un rôle de représentation, de patronage et d’accompagnement du chef de l’Etat dans ses missions. Aucun texte juridique ne codifie ce rôle. » ?

 

Published by Un Sage