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26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 17:06

Les vrais harceleurs se balancent au tribunal, pas sur Twitter

par

Emilie Ménard

 « Recourir à la nouvelle vengeance très à la mode dernièrement en usant du hashtag #balancetonporc en citant un nom, n’est en aucun cas une solution recommandable »

 

En réaction à la polémique #balancetonporc, Emilie Ménard, auteur de Repérer & neutraliser un boulet. Guide de survie en territoire amoureux (Ellébore, 2017), a souhaité offrir aux lecteurs de Causeur un profil inédit de boulet. S’il existe de gros lourds qui harcèlent les femmes, la majorité d’entre eux s’écarte facilement. Quant aux plus détraqués, mieux vaut les traîner en justice que de les jeter en pâture sur Twitter. Démonstration.


Nous sommes presque toutes victimes de boulets un jour, j’en sais quelque chose. Mais ce #balancetonporc vous rappelle peut-être un boulet bien plus pesant que les autres.

Le boulet vraiment trop lourd

Il avait franchi des limites inacceptables et vous estimez que vous méritez vengeance. Un plat qui se mange froid, paraît-il. Cela tombe bien, même si c’est arrivé il y a des lustres, qu’à l’époque vous n’aviez pas souhaité, pour des raisons qui vous concernent, porter plainte, à présent, l’heure est aux règlements de comptes grâce à la frénésie des #metoo et #balancetonporc. Aussi rapide qu’un tweet et sans conséquences pour la dénonciatrice en lui permettant d’accéder au statut très prisé de victime, #balancetonporc n’a rien de sympathique : « balance » a rarement été un mot à connotation très positive, quant à « porc », les pauvres, on se demande ce que ces animaux intelligents et doués d’empathie viennent faire là-dedans. Nous l’appellerons plutôt « le boulet vraiment trop lourd ». Nous allons voir comment appréhender ce profil dans les meilleures conditions.

Il ne vous plaît pas particulièrement mais vous vous laissez draguer, souvent par intérêt, parfois par ennui, en tout cas clairement pour de mauvaises raisons. Vous acceptez d’aller prendre un verre (ça n’engage à rien), puis un dîner (il faut bien se nourrir).

Très rapidement, il ne manquera pas de vous placer quelques informations pour se faire bien voir, essayant d’éveiller votre intérêt en vous racontant tout ce qu’il va faire pour vous propulser au firmament. Des phrases du style : « je peux t’aider à obtenir ta promotion », « tu as l’étoffe d’une star » ou bien encore « je vais te présenter à machin, je suis certain que vous pourriez faire aboutir ton projet »…

Une petite visite de sa suite

Il vous a emmenée dans un endroit qu’il affectionne, où il peut tranquillement radoter sur ses exploits en vous lançant des regards langoureux. Il va alors tout tenter pour établir une proximité physique, n’ayant aucune crainte de se montrer lourd ou pénible. S’il sent que vous le repoussez, c’est là que l’une de ses techniques préférées intervient : la culpabilisation. Il alternera avec la technique du remplissage de votre verre de vin. Ces deux méthodes combinées, dont l’efficacité redoutable n’est plus à démontrer, lui permettront généralement de gagner petit à petit du terrain jusqu’à valider l’étape cruciale du roulage de pelle.

Si vous n’êtes pas habituée à ce genre de profil et que vous avez laissé la situation dégénérer à ce point, vous êtes presque foutue : pendant le dessert, après vous avoir abondamment abreuvée en alcool toute la soirée, il vous dira avec aplomb que vous avez le plus beau regard qu’il n’ait jamais vu, qu’il va changer votre vie, que tout ce qu’il attend de vous est que vous lui fassiez confiance. Et il enchaînera en vous proposant une petite visite de sa suite ou de son loft avec vue pour discuter de vos projets. Vous n’avez pas la force de refuser. Est-ce parce que vous êtes bourrée, lâche ou intéressée ? En tout cas, vous le suivez, mais fermement décidée à conserver le caractère platonique de cette relation.

Son objectif : vous sauter !

Ce boulet a un objectif précis et clair dont il ne dérogera jamais (vous sauter). Si vos attentes sont compatibles avec les siennes, tout ira pour le mieux. Mais si c’était le cas, il n’entrerait pas dans la catégorie des boulets vraiment trop lourds et je n’aurais pas besoin d’écrire ce quarantième profil (ni vous de le lire). Donc ne croyez pas à ses promesses à moins d’être sur la même longueur d’onde que lui.

Il a finalement réussi à vous étourdir avec son blabla et vous voilà maintenant seuls tous les deux, dans une chambre d’hôtel ou chez lui. Comment à présent lui expliquer que non, vous n’allez pas le sucer, ni lui masser les pieds et encore moins faire un Twister à poil avec lui ? Il risque d’exprimer sa déception assez lourdement quand il comprendra que c’est vraiment mort ; il ne vous baisera pas ce soir. Il vous fera une crise, ça fait partie du scénario. C’est sa technique ultime, celle du « je te fais croire que je pète les plombs pour te péter le cul ».

…avant que ça dégénère

Avec ce profil, dès que la moindre divergence se fait sentir, c’est-à-dire au moment où il vous demandera d’enlever votre robe ou quand lui se mettra à poil, par exemple, des frictions risquent de naître, et pas de celles qu’on espère dans ce genre de contexte. A ce stade, la situation est déjà dégradée et il vous faudra beaucoup de diplomatie, un grand sens de la négociation ou des compétences avancées en self défense pour vous en sortir sans dommages. Nous savons d’expérience que c’est très compliqué de se débarrasser du boulet vraiment trop lourd. Dès que vous direz non, il aura recours à tous ses stratagèmes les plus élaborés ; il vous rabaissera, vous culpabilisera, tentera de vous humilier, de négocier, de vous payer, vous agressera, menacera de se casser, hurlera, radotera, bref, tout est bon. Ne vous laissez pas impressionner.

Nous vous conseillons, si c’est possible, la fuite, cette méthode a fait ses preuves, n’étant jamais certaine du résultat d’une confrontation physique, même si vous êtes tentée de mettre à l’épreuve vos cours de karaté sur le boulet, cela pourrait encore davantage l’exciter et n’en rendrait votre communication que plus compromise.

Distinguer le boulet du criminel

Il est naturel, quand on vit une expérience désastreuse avec ce type de boulet, d’en ressortir contrariée (c’est un euphémisme selon les cas). Cependant, recourir à la nouvelle vengeance très à la mode dernièrement en usant du hashtag #balancetonporc en citant un nom, n’est en aucun cas une solution recommandable. Si le boulet a réellement accompli un acte répréhensible, nous vous vous encourageons vivement à réaliser les actions qui s’imposent auprès de la justice, ce n’est sans doute pas une démarche plaisante mais nécessaire car cela peut permettre de l’empêcher de nuire à nouveau.

Mais n’oublions pas la présomption d’innocence. Aimeriez-vous que n’importe qui décidant de se faire justice, pour de bonnes ou de moins bonnes raisons, ruine votre réputation et votre honneur sans aucun contrôle, vous obligeant à vous justifier d’actes que vous n’avez peut-être même pas commis ? Aimeriez-vous vivre dans un monde ou n’importe qui peut vous descendre en flammes dans l’approbation générale ? Probablement pas. Alors nous vous encourageons à distinguer un boulet insistant d’un criminel. A recourir à la justice pour ces derniers, et si possible, au pardon pour les autres. Et n’oublions pas qu’une minorité de détraqués ne doit pas salir l’image de nos boulets adorés.

 

Published by Un Sage