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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 10:40

Macron : PMA, osera, osera pas ?


Catherine Rouvier

L’Assemblée nationale nouvelle a eu une fin d’année (scolaire) turbulente. On a évité les lancers de polochon, mais pas les jouets de bac à sable, les cris, les claquements de pupitre, les claquages de porte des départs en fanfare, et les pions , pardon les administrateurs de l’Assemblée , ont eu bien du mal à rétablir l’ordre. Dans cet hémicycle en forme de théâtre antique, ils ont même dû jouer les souffleurs et dicter aux acteurs – frais émoulus de l’école de la rue plus que du conservatoire de la rue Blanche ,leurs principales répliques.

Enfin, une fois passé le pensum de la loi « confiance » dans une moralisation de la vie publique qui a tourné un peu à la tragi-comédie version Aristophane, le but réel de la session extraordinaire a été atteint : l’habilitation du gouvernement pour prendre des ordonnances a été votée. Alors plus belle la vie, l’école est finie.

La guerre de la rentrée aura-t-elle lieu?

Mais il y aura des devoirs de vacances. Pour les députés de la majorité car leur incompétence a défrayé la chronique et ils doivent apprendre par cœur, a dit le président, la Constitution, le règlement de l’Assemblée, celui des Commissions…

Pour l’opposition aussi. Pour la gauche, on est déjà fixé. Il faut préparer la grande manif’ du 12 septembre, décrétée par la CGT. Un voyant a prévu l’apocalypse pour ce jour-là. Mais Jean-Luc Mélenchon tient à ses congés payés, déjà entamés de neuf jours par la session extraordinaire. Alors, pas de panique, il prend ses vacances, apocalypse ou pas…

A droite enfin, on fabrique déjà les panneaux : « La PMA pour tous ne passera pas par moi », « Ni GPA ni PMA, l’enfant n’est pas une marchandise ».

PMA, te revoilà!

Car, au mois de juin, le Comité d’éthique a rendu un avis favorable à l’extension de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, et la Cour de Cassation a reconnu que l’enfant né d’un des deux parents par GPA à l’étranger pouvait être adopté par le conjoint homme ou femme et donc avoir en France ce fameux statut d’enfant né par GPA dont les enfants français ne peuvent  bénéficier légalement.

Du coup, la « France bien élevée », partie goûter l’eau des plages ensoleillées une fois les fêtes d’école terminées, a dû préparer ses arguments. D’autant que l’ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira, ressuscitée de ses cendres, avait enfourché son vélo et était venue les titiller sur les plateaux télé en se réclamant de Simone Veil, récemment disparue, pour encenser « sa » loi et plaider la PMA « pour toutes »…

 « Simone Veil a bien dit que l’avortement était un drame, une solution de dernier recours et qu’il fallait mettre des conditions strictes, d’entretien préalable, de délai de réflexion, et que dissuader la femme d’avorter devait rester possible » avaient alors fait remarquer, en substance, La Manif Pour Tous, Sens commun, Avenir pour tous et autres Veilleurs, en postant sur les réseaux sociaux l’intégrale du discours fait par la ministre de la Santé devant les chambres au moment du vote de la loi sur l’avortement en 1975.

Manif pour tous, saison 2?

Reprendre tout ça, le mettre en forme, lancer les mots d’ordre, demander les autorisations de manifs… Entre deux châteaux de sable, un mariage au vrai château voisin, et l’achat de chouquettes pour le goûter, ça s’agite, ça cogite, ça complote.

Du coup, Emmanuel Macron hésite. Après les banderilles de la réduction des APL, est-il utile de porter le coup d’épée frontal, entre les deux yeux : l’extension de la PMA ?

Quand il avait lancé cette promesse de campagne, il avait seulement eu envie d’être gentil, d’accorder aux femmes, seules ou s’aimant entre elles, la satisfaction de leur désir d’avoir un bébé – chose petite, mignonne, facile à porter, qui attire la sympathie et les gouzi-gouzi – sans avoir d’homme, chose grande, encombrante, éructante, ronflante…

Le mauvais rêve du président Macron

Il voulait du reste le faire très vite, dès le début de son mandat. Mais la nuit précédant son discours devant le Congrès de Versailles, il avait fait un mauvais rêve. Il était entouré d’une bande de jeunes et leur vantait son projet de PMA « pour toutes » :

  • « Alors les jeunes, il est cool, mon projet, non ? »
  • « C’est cool, ouais, mais pas pour l’enfant. Tu as vu sur Twitter le témoignage de ce jeune homme inséminé qui dit qu’il traine ça comme un boulet ? C’est grave pas cool en fait. L’IVG c’était  « pas d’enfant, à aucun prix », et la PMA c’est « un enfant à tout prix ». C’est la même logique : la chosification de l’être humain,  sa marchandisation, l’égoïsme, le fric roi… Et puis l’enfant tu y penses ? Un petit garçon élevé par deux gonzesses, comment apprendra-t-il à chasser, jouer au foot, et s’initier à la guerre par des jeux-vidéos ? Elles  seront forcément vegan, et leur diront « caca c’est pas beau, c’est violent, range-moi ça. »

Alors là, il sait quoi répondre:

  • « Tu vis au Moyen-âge, toi ! Les petits garçons n’ont pas à apprendre la guerre ou la chasse plus que les filles aujourd’hui. Et si le petit garçon s’identifie à sa mère, il pourra être « trans » dès qu’il voudra. Et du reste comme on est tous « bi »… »
  • « Des blagues, tout ça ! Tous « bi », vraiment ? Si elles étaient « bi », les lesbiennes feraient un môme avec un homme. Là c’est total, dé No sex. Même pas une fois pour faire l’enfant… Et puis… quand un couple est stérile, il y a une pathologie. Donc c’est remboursé par la Sécurité sociale. Normal. Mais là… l’offrir à des femmes qui n’ont aucune pathologie… Ou alors lesbienne, c’est une pathologie ? »
  • « Ecoutez… on peut voir les choses autrement : le Comité d’éthique a découvert une autre forme de stérilité, une « stérilité sociale », résultant du choix homosexuel, qui étant source de souffrance mérite d’être soignée et indemnisée.»
  • « Haha, pensée complexe ! N’importe quoi ! Il y a ou il n’y a pas stérilité. Alors si la lesbienne est infertile, ok, mais sinon… où est la fameuse égalité si un couple hétéro ne peut choisir une insémination même s’il est fertile, alors qu’une femme homosexuelle ou célibataire le peut ? »

Et en même temps…

Ca ne peut plus durer. Le président sent la moutarde qui lui monte au nez. Il se fâche : « C’est cette discussion qui est stérile ! Je suis votre président. Ma décision est prise. Le Comité d’éthique a rendu un avis positif, ma majorité le votera, point barre ».

Les jeunes, interloqués, partent un à un, déçus. L’un d’eux lance à la cantonade : « Ok, alors tous dans la rue ! Défais les valises, Liliane, on reste à Paris ! »

Le président, mal réveillé de ce cauchemar aux couleurs de de manif pour tous, a finalement décidé de censurer les passages qui dans son discours du lendemain à Versailles traitaient clairement du sujet. Certes, il a évoqué la « liberté d’essayer, de se tromper, d’essayer encore », mais bien malin  qui y verrait  un lien avec la PMA !

Quant au Premier ministre, dans son discours de politique générale, à part la petite phrase « la Sécurité sociale est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas » qu’on pourrait, en tirant bien les cheveux, relier à la « stérilité sociale », on n’a rien entendu…

Et finalement, le 17 Juillet, Lily Marlene Schiappa, la fringante ministre de l’égalité hommes/femmes, entre un coup de gueule contre l’épisiotomie et le lancement de la lutte contre l’écartement des jambes des hommes dans le métro, l’a confirmé. La PMA, on y touchera au moment de la révision des lois de bioéthique. Donc pas avant 2018…

« Liliane, fais les valises, on part en vacances »

 

 

Published by Un Sage