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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 22:00

Législatives: une Assemblée de novices, pour le meilleur ou pour le pire?

Par Ludwig Gallet

Le parti politique d'Emmanuel Macron se prépare à réussir son raz-de-marée au second tour des législatives. ce renouveau défendu par le président ne ravit pas tout le monde.

Des "godillots" en veux-tu en voilà.

Depuis des jours, les responsables politiques opposés à Emmanuel Macron n'ont plus que ce mot à la bouche. Alors que le président de la République semble bien parti pour obtenir une majorité écrasante à l'Assemblée, sa stratégie de renouvellement du palais Bourbon suscite bien des interrogations. "C'est l'Assemblée des Mickeys qui se prépare", s'amuse un député socialiste sortant. Le président lui-même commencerait à douter des bienfaits de sa future (large) majorité annoncée. "Nous allons avoir beaucoup d'élus, presque trop", aurait-il fait savoir à ses conseillers.

Une "révolution démocratique"

Difficile, pour le moment, de savoir précisément combien de députés obtiendront pour la première fois un siège au Palais Bourbon. Mais entre la volonté de réserver la moitié des investitures à des personnalités issues de la société civile et l'entrée en application de la loi sur le nom cumul des mandats, le taux de renouvellement des élus historiques pourrait approcher le record de 1958. "A l'époque, l'Assemblée avait été renouvelée aux 3/4, commente pour L'Express Etienne Ollion, chercheur au CNRS. D'importantes personnalités politiques avaient déjà dû laisser leur place. On se dirige vers quelque chose d'assez semblable cette année". Egalement contacté, l'ancien ministre du Logement Benoit Apparu, qui a choisi d'abandonner son mandat de parlementaire, abonde. "L'un des avantages, c'est que cela va donner un souffle nouveau sur le parlement."

Le scrutin à venir aurait donc ce petit quelque chose d'historique. "Ce que Macron a réussi, c'est un bouleversement sans violence, c'est une révolution démocratique, reconnaît le député socialiste Gilles Savary, soutien de Macron pendant la campagne et aujourd'hui potentielle victime du rouleau compresseur En Marche dans sa circonscription. Les Français cherchaient un exutoire, Emmanuel Macron leur a offert. Maintenant, les électeurs vont envoyer des gens Paris [à l'Assemblée nationale, NDLR] par réflexe, sans vraiment savoir pourquoi."

Les candidats LREM n'ont pas été formés

Annie Chapelier a été investie par En Marche dans le Gard. Elle n'avait auparavant jamais goûté à la politique mais s'offusque de ce genre de critiques. "C'est la dernière cartouche des professionnels de la politique", répond l'infirmière anesthésiste de profession. "Même sans expérience politique, nous avons tous conscience de la nécessité d'agir dans l'intérêt des citoyens et du rôle qui nous incombe."

Au-delà de ces considérations très générales, Benoist Apparu s'interroge. "Dans tout job, un peu d'expérience n'a jamais fait de mal. Cela permet d'avoir des gens en mesure de passer le témoin, d'aider, d'accompagner les nouveaux dans leurs nouvelles fonctions." Ce qui ne serait pas forcément évident avec la composition de la future assemblée. "Je ne sais pas comment on va former les nouveaux. Je ne sais pas non plus comment on va accorder les postes à responsabilité au sein de l'Assemblée. En les réservant aux élus En Marche sortant? Ce n'est pas garanti du tout, ce sont tous des socialistes. On ne va pas placer que des socialistes aux postes à responsabilité."

Etienne Oillon imagine déjà voir déchanter certains "primo-élus". Au point de juger probable quelques défections de fait au sein du groupe majoritaire. "C'est un phénomène que l'on constate lorsque les taux de renouvellement sont élevés. Les élus se rendent compte de la réalité de la fonction, qui nécessite de faire la navette entre Paris et sa circonscription, en prenant le temps de recevoir de nombreux administrés."

A L'Express, Annie Chapelier confirme ne pas avoir reçu de formation de la part d'En Marche, pour sensibiliser les potentiels futurs députés. "Ce n'était sans doute pas possible au vu du calendrier des investitures. Mais la commission m'a appelée pendant plus de deux heures pour apprendre à me connaître, ainsi que ma conception de la fonction."

Des "mercenaires" à la manoeuvre?

Reste que le grand nettoyage en cours laisse craindre chez certains une perte d'influence du pouvoir législatif, déjà bien entamé sous la Ve République. "Je crois que le problème n'est pas celui du manque d'opposition. Ce sera le manque d'expérience. Un bon parlementaire doit avoir une conception élevée de sa fonction, dont le rôle consiste tout de même, dans les textes, à contrôler l'exécutif. Là, on peut anticiper un pouvoir un peu plus bonapartiste, avec un gros groupe de parlementaires dirigés par un petit groupe de mercenaires issus des vieux partis."

"La réalité c'est que tout peut se passer, tempère Benoist Apparu. On peut avoir l'assemblée des godillots. Mais ça peut aussi être le bordel généralisé, avec des députés qui vont se dire 'non, moi je fais de la politique autrement'". "Les députés, même aujourd'hui, font assez peu la loi, rappelle toutefois Etienne Ollion. Elle découle généralement de la production des cabinets ministériels, les parlementaires la votent ensuite, avec un pouvoir d'amendement. Les novices pourront poursuivre ce travail même s'ils n'ont pas l'expérience de leurs prédécesseurs."

"Voter la loi ne s'invente pas"

Un point, tout de même, inquiète Benoist Apparu. "Prenez un médecin, élu LREM pour la première fois à l'Assemblée. Le risque, c'est de le voir voter toutes les lois automatiquement et de ne le voir s'intéresser qu'au projet de loi santé, texte sur lequel il pourra se montrer très agaçant pour l'exécutif. A un moment donné, voter la loi, ça ne s'invente pas."

Mais au-delà de la sensation d'apparaître comme une référence aux yeux des collègues, cette spécialisation permettrait aussi de tenir tête aux "influenceurs", aux lobbys qui se présentent quelques fois devant les députés avec des amendements clé en main et des arguments rodés. Annie Chapelier refuse de croire à cette théorie. "Nous serons en mesure de faire valoir notre indépendance. Nous sommes neufs, ce sont nos prédécesseurs qui ont fait en sorte que ces mécanismes se mettent en place." Autant d'interrogations qui ne trouveront de réponses qu'avec l'exercice parlementaire. Vivement la rentrée.

 

 

Published by Un Sage