Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 10:09

 

Antienne, galimatias, in petto... Emmanuel Macron n'hésite pas à utiliser des mots surannés dans ses interviews et ses débats. 

Le débat de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, vu par le dessinateur Philippe Morelle, le 3 mai 2017. (PHILIPPE MORELLE / FACEBOOK)

Marine Le Pen lui reproche de ne pas défendre la langue française. Pourtant, le candidat d’En Marche parsème régulièrement ses propos de mots ou d’expressions de français peu utilisés, désuets ou carrément tombés aux oubliettes. Petit tour d’horizon de ce vocabulaire soutenu, un brin suranné, qui donne envie de se replonger dans un dictionnaire…

Dans les discours des politiques, on a tellement l’habitude d’entendre et de réentendre les mêmes « éléments de langage » (ces mots imposés par les experts en communication) que, quand l’un d’eux utilise des expressions peu usitées de la langue française, ces mots sonnent curieusement à notre oreille. L’expression « pudeur de gazelle » déclamée par Jean-Luc Mélenchon n’était ainsi pas passée inaperçue lors du débat télévisé entre les onze candidats du premier tour de l’élection présidentielle. Et avait fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux.

Mercredi, lors du débat de l’entre-deux tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, de jolis mots parfois désuets ou complètement inusités ont fleuri dans les propos du candidat d’En Marche ! Qui n’hésite pas régulièrement depuis le début de la campagne à prononcer des mots parfois inconnus des Français. Est-ce intentionnel ? Est-ce spontané ? Il s’avère que c’est souvent lors de débats ou d’interviews que ce langage apparaît chez Emmanuel Macron. En revanche, ses discours de meeting ont été critiqués pour la faiblesse du style.

Le lexique d’un autre temps qu'utilise Emmanuel Macron peut sembler curieux dans la bouche d’un homme de 39 ans. Mais on le comprend mieux quand on sait que ce passionné de littérature était un élève brillant au collège-lycée de La Providence à Amiens, qu’il a remporté le concours général de français à l’âge de 16 ans, avant d’être admis en hypokhâgne et khâgne (classes prépa de lettres) au lycée Henri-IV, de prendre des cours de théâtre au cours Florent… avant de poursuivre ses études à Sciences Po Paris puis à l’Ena.

Voici un petit tour d’horizon de ces mots étranges et fantaisistes, issus de la langue française. L’occasion de se souvenir de (ou d’apprendre) leur signification…

Antienne

Mercredi, lors du débat face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron a coupé la parole à Marine Le Pen, qui énumérait ironiquement toutes les organisations, comme « le Medef, la CGT, l’OIF… » qui se sont ralliées au mouvement En Marche !
« Je ne ris pas avec l’état de notre pays, Madame… Continuez votre antienne Madame Le Pen, vous n’avez que cela à la bouche. Vous n’avez pas de projet pour le pays. »
Une antienne est un refrain repris en chœur entre chaque verset d’un psaume. Au sens figuré, elle représente une rengaine, un refrain lancinant et répétitif.

Galimatias

Lors du débat, les journalistes ont demandé aux candidats de se positionner diplomatiquement par rapport à Donald Trump et Vladimir Poutine. Marine Le Pen ne répond pas clairement et parle de « la grande spécialité des socialistes à donner des leçons de morale à la terre entière ».
« Là, vous répondez sur Monsieur Trump et Monsieur Poutine ? C’est vraiment un galimatias », lui rétorque Emmanuel Macron.
Un galimatias désigne un discours confus, inintelligible.

In petto

Ce vendredi matin, sur Europe 1, face au journaliste Fabien Namias qui lui demandait s’il avait déjà choisi son Premier ministre, Emmanuel Macron a répondu seulement trois mots : «  Oui. In petto », sans vouloir préciser le nom du futur chef du gouvernement.
In petto est une expression issue de l’italien qui signifie « dans mon for intérieur, en secret ».

Impréparation crasse

C’est par ces termes qu’Emmanuel Macron a fustigé le programme de Marine Le Pen concernant la sortie de la France de la zone euro lors du débat de mercredi.
Le terme crasse ne doit pas être compris ici au sens propre de « saleté », mais bien au sens figuré, qui désigne quelque chose de « grossier, lourd ».

Larcin

Lors du débat de mercredi, au sujet des propositions des candidats en matière de politique pénale, Emmanuel Macron a déclaré : « Je veux la tolérance zéro avec la délinquance du quotidien. Nos concitoyens voient des larcins qui ne sont pas condamnés comme il se doit. »
Certes, le mot larcin qui désigne un petit vol commis sans violence est utilisé de temps en temps à l’oral, mais plutôt dans le langage soutenu. Il est surtout issu de la littérature.

Liste à la Prévert

Quand Marine Le Pen a évoqué ses propositions économiques et sociales, le candidat a rétorqué : « Là, vous faites une liste à la Prévert, vous ne la financez pas.»
L’expression exacte est un « inventaire à la Prévert », qui désigne une liste sans queue ni tête, dans laquelle se succèdent des mots sans lien apparent. Elle trouve son origine dans un poème de Jacques Prévert intitulé Inventaire, texte qui a été publié dans le recueil Paroles (1946).

Logorrhée

Toujours face à Marine Le Pen mercredi qui l’accusait d’être « l’enfant chéri du système », le candidat d’En Marche ! lui a répondu : « Depuis 40 ans, des Le Pen sont candidats à la présidentielle. Mais tout cela ne m’intéresse pas. Vous allez continuer votre logorrhée, comme vous le faites à longueur d’interventions. »
Logorrhée est un terme littéraire pour désigner un flot de paroles inutiles.

Pique-bœuf

Emmanuel Macron a utilisé ce terme utilisé par les biologistes lors d’un entretien paru ce vendredi dans La Provence : « C’est ma grande différence avec Mme Le Pen. Elle est avec le système comme le pique-bœuf sur l’hippopotame : elle mange sur son dos, prospère de son efficacité. Le jour où se met en place une organisation politique efficace, elle s’éteint. »
Pique-bœuf désigne les oiseaux comme le héron Pique-bœuf ou l’aigrette Pique-bœuf. Ces échassiers tiennent leur nom du fait qu’on les voit souvent picorer et déparasiter le dos des mammifères pour se nourrir des insectes qui s’y cachent.

Poudre de Perlimpinpin

Agacé lors du débat au sujet des solutions proposées par la candidate Front National pour lutter contre le terrorisme, Emmanuel Macron a lancé : « La fermeture des frontières, ça ne sert à rien. Il y a des pays, nombreux malheureusement, qui ne sont pas dans Schengen et qui ont été frappés par le terrorisme. Depuis novembre 2015, nous avons rétabli des contrôles aux frontières pour lutter contre les terroristes. Ce que vous proposez, comme d’habitude, c’est de la poudre de Perlimpinpin. »
La poudre de Perlimpinpin est selon le dictionnaire Larousse « une poudre que les charlatans vendaient en la donnant pour une panacée », c’est-à-dire un médicament complètement inefficace, pourtant vanté comme étant la solution magique.

Saut de cabri

Quand Marine Le Pen a attaqué Emmanuel Macron sur son programme contre le terrorisme, ce dernier a répondu : « Je ne tombe pas comme vous dans le piège des sauts de cabri […] J’ai un projet sérieux qui n’est pas du saut de cabri. Madame Le Pen lutte contre le terrorisme sur les plateaux télé, quand le contribuable la paye pour aller au Parlement européen, elle n’y va pas pour voter les réformes contre le terrorisme. »
L’expression « saut de cabri » caractérise le fait de sauter vivement d’un sujet à l’autre, sans approfondir. Par ces mots, Emmanuel Macron fait aussi référence à l’expression du général de Gaulle en 1965 : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! l’Europe ! l’Europe !… »

 

Published by Un Sage