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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 10:48
Le pédagogisme n’est pas de gauche, il est de gôche
Et si vous êtes contre, vous êtes de droite
Antoine Desjardins
professeur de lettres modernes et membre du Comité Orwell

La puissance du lobby pédagogiste (je parle des massacreurs du bon sens pour qui l’école est un chantier idéologique) ne vient pas seulement du fait qu’on l’a laissé occuper tous les postes stratégiques depuis des décennies ni de ses relais politiques et syndicaux et de son réseautage médiatique, mais de sa capacité à faire croire et à avoir laissé répéter partout qu’il était la gauche, qu’il était de gauche.

C’est évidemment une aberration. Seul le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et quelques autres partis semblent enfin commencer à défendre l’idée, pourtant évidente, que l’école de l’instruction (à l’opposé de l’école de la fabrique de la paix sociale et du prêchi-prêcha idéologique) puisse représenter une valeur qui va dans le sens de celles que prônaient un Hugo ou un Jaurès.
Une OPA sur les consciences de gauche affaiblies
Le lobby qui fait la pluie et le beau temps dans l’Education nationale depuis beaucoup trop longtemps a donc réussi le coup de maître de faire une OPA perverse sur les consciences de gauche affaiblies ou paresseuses moyennant un véritable matraquage.
Il est entendu, et dans la presse notamment – qui n’aime pas toujours à remettre en question le prêt-à-penser que les faiseurs d’opinion lui donnent sur un plateau – qu’un anti-pédagogiste ne saurait être que de droite, voire d’extrême-droite (renchérissement stratégique oblige).
Il est urgent de travailler à dissocier radicalement l’idée de gauche, les valeurs de gauche avec celles du pédagogisme.
Ceux qui dévastent tranquillement l’école de la transmission, de l’instruction, ne sont pas la gauche : ils ne travaillent que pour les marchands.
Il faut à cette fin œuvrer – aussi – à un anti-pédagogisme de gauche virulent.
Reprendre un espace politique usurpé par des imposteurs
L’anti-pédagogisme (la lutte contre le « constructivisme » venu des Etats Unis, par exemple) pourrait, en fait, venir de tous les côtés de l’échiquier politique, car il est d’essence citoyenne et républicaine.
Mais la gauche qui se réclame de Condorcet, de Hugo et de Jaurès, devrait mettre les bouchées doubles et rattraper le temps perdu. Il s’agit de reprendre un espace politique usurpé par des imposteurs.
Quand on fabrique sciemment de l’illettrisme et de l’innumérisme, quand on promeut la médiocrité et le nivellement, « l’entertainement » bas de gamme, quand on discrédite l’effort intellectuel et la réflexion lucide, quand on allège sans fin les livres d’histoire, quand on supprime le latin et qu’on récuse la grammaire, bref quand on « hanounise » les esprits à marches forcées, on est définitivement disqualifié pour se prétendre « de gauche ».
JAMAIS un Brecht n’aurait défendu une telle « école », un Jean Vilar non plus ! Jamais un émancipateur du peuple n’aurait programmé une telle déchéance.
Qu’on invite tous les élèves au banquet de la connaissance, oui ! Qu’on serve une malbouffe infecte et que les examens deviennent un jeu de dupes, non !
Vive l’anti-pédagogisme !
Le journal Libération (qui délivre des brevets officiels incontestés de gauchisme ou plutôt de « gauchitude », celle en col roulé noir de Saint-Germain-des-Prés) confirmait il y a quelques temps ce que tout le monde croyait déjà savoir, grâce à la mise en scène éculée du lobby pédagogiste : volant au secours de Lussault et de sa bande, (sûrement après un coup de fil) ce journal nous apprend, en gros, que le Prédicat (nouveau grigri des pédagogos) est de gauche et le complément d’objet direct de droite.
Eh bien voilà, affaire classée ! A vos rangs politiques, fixes ! La rive gôche a rendu son verdict tant attendu. La réforme Terra Nova est intrinsèquement de gauche, ses promoteurs sont la gauche progressiste. Partant, ceux qui s’y opposent sont la droite (i.e, les bourgeois, les conservateurs, la rente, les salauds). Or donc, le Prédicat, promu par la réforme EST de gauche. Le Prédicat est un libérateur d’opprimés.
« C’est la lutte finale
Groupons-nous et demain
Le Prédicat
Sera le genre humain ! »
Ceux-là qui défendent le C.O.D veulent discriminer les élèves en les triant selon leur origine sociale et faire une école de l’exclusion et de l’entre-soi à l’opposé des valeurs de la démocratie. On peut supposer que si le C.O.D est de droite, le C.O.I est d’extrême droite et le C.O.Second, nazi : il me semble que la Cantatrice chauve ne verrait rien à redire à une logique aussi implacable.
A moins évidemment que Libération ne soit pas du tout un journal de gauche (on nous aurait caché des choses ?) mais un journal libéral libertaire s’insurgeant contre tout ce qui entrave le marché, comme cette vieille institution républicaine qu’on appelle l’École. Mais c’est impossible naturellement, puisque Libération est la gauche par essence. Il y a de quoi rigoler…
Comme Saint-Just voulait se hâter de rendre la philosophie populaire, il faudrait se hâter de rendre l’anti-pédagogisme populaire et surtout que tous les Partis se retroussent les manches pour redresser et réinstituer l’École.

 

Published by Un Sage