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Où sont nos vrais amis?
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Monsieur Labouse, citoyen lambda ,Maire d’une petite commune rurale ,par son fromage renommée,
Fût un jour convié par son " Ami " , député de sa circonscription ,a assister à Paris à un débat de son Assemblée.
Ceci pour le remercier d’avoir fait campagne en sa faveur auprès des habitants de sa petite cité,
Et de l’avoir ainsi aidé à accéder à cette haute fonction ,avec une plus grande majorité.
Bien " endimanché "il se rendit donc dans la capitale. Le voyage fut long et pénible.
La gare de son patelin ayant été supprimée par une décision, pour lui incompréhensible,
Il dût emprunter ,pendant une journée ,plusieurs moyens de transport ,plus ou moins confortables.
A son arrivée, il fût accueilli royalement par un quidam majordome ,représentant cette assemblée de notables.
Logé ,le soir ,dans un grand hôtel parisien, avec même possibilités de distractions passagères :
Soirée au choix de ses goûts , Lido, Opéra ,Théâtre, Spectacle coquin ou Folies Bergères.
Une Voiture avec chauffeur et cocarde tricolore , fût même mise à sa disposition ,également gratuitement,
Pour qu’il puisse , durant son cour séjour, à son grés se déplacer décemment et plus rapidement.
Ce quidam, habillé comme un " Monchu " , très obséquieux ,excusa l’absence pour l’accueillir ,de son député ,
Retenu au dernier moment à la Chambre , par un problème urgent ,étant par cet imprévu très désolé.
(C’est en général la formule employée par un personnage haut placé ,pour se débarrasser d’un gêneur
Sans ménagement ,mais avec beaucoup de tact ,et on peut en apprécier la grande mais humiliante saveur)
Son voyage n’ayant pas été de tout repos, et pas du tout tenté par une virée nocturne païenne agitée,
Fatigué ,il préféra se jeter délibérément dans les bras de Morphée.
Le lendemain, après un petit déjeuner copieux, son chauffeur l’attendait déjà à la porte patiemment.
Il lui fit visiter les grands monuments de la capitale ,et dans un grand restaurant ,le fit dîner somptueusement.
Mais il n’avait pas encore vu son ami député ,et commença auprès du chauffeur à s’en inquiéter.
Celui-ci le rassura sur son excellente santé ,et lui apprit que de cette assemblée il avait été élu Président,
Que cette haute fonction était très prenante ,qu’il devait dans beaucoup de réunions être présent. ! !
Ils arrivèrent enfin ,après avoir traversé la place de La Concorde, au siège de l’Assemblée, le Palais Bourbon
Une belle bâtisse ce palais ,son " ami " député président ne siégeait pas dans un " Boîton" !
M.Labouse pénétra dans le hall de ce palais ,tout de même un peu intimidé,
Passant entre deux rangées de gardes républicains en tenue d’apparat, dans un garde -à -vous bien aligné
Ce naïf , il crût que tout cet honneur était pour lui, puis son majordome le conduisit à la buvette,
Pour boire un " rafraîchissement ", alors qu’à son goût, il eut préféré pour digérer son repas une bonne rincette.
Là il côtoya beaucoup de monde, des " Monchus ", dont certains fumaient de gros cigares bagués,
De véritables " barreaux de chaises ", riant bruyamment, gesticulant , complètement congestionnés,
Venant sans doute de quitter un bon restaurant où ils avaient l'habitude d'être bien traités
Echangeant à mi-voix, des propos grivois qui ne pouvaient probablement à tout le monde être racontés
Son majordome, faisait des salamalecs à tous les pékins qu’il croisait, très obséquieux
Le pauvre peu habitué à ces " jaunes " en était sidéré et de ce spectacle n’en croyait pas ses yeux
Il l’accompagna jusqu’à une galerie au sommet de l’hémicycle, où parmi le public, une place lui était réservée.
Il apprit de ce majordome, que cette galerie s’appelait " le poulailler ", lieu où chez lui la volaille était logée ! !
Mais de là, il pouvait bien voir tout l’hémicycle, qui ressemblait à une moitié de meule de fromage
Munie de gradins, avec au centre, une grande estrade qui devait être réservée à un très haut personnage.
Il apprit par ce majordome que cette estrade, dominant l’hémicycle, s’appelait " le perchoir ",
Où le président prenait place majestueusement, pour tout simplement, sur son auguste derrière s’asseoir.
Poulailler, perchoir, il compris alors pourquoi les personnages de cette docte assemblée,
S’invectivaient avec des noms d’oiseaux, et se traitaient souvent de tête de linotte écervelée ! !
Il jeta un regard circulaire sur cet hémicycle, et fût étonné de voir qu’il était bien parsemé,
Sur les cinq cent soixante-dix sept élus, seulement environ un tiers de cet effectif était installé.
Avec au premier rang, le Premier ministre et quelques ministres, seulement ceux concernés
Pour les questions de portes paroles de certains groupes parlementaires, à cet effet désignés,
Un huissier, déguisé en pingouin annonça solennellement, " Monsieur le Président arrive "
Un lointain roulement de tambour, et le président arriva, majestueux, à pas comptés,
Monta sur son " perchoir ", s’assit sur son trône, tripota les deux micros devant lui placés
Et déclara " Messieurs la séance est ouverte, vous pouvez vous asseoir. Je vous signale que cette séance
Est télévisée, que vous devez vous montrer disciplinés pour donner une bonne image de la France !
je vous rappelle que pour vos questions vous avez un temps de parole de deux minutes trente pour les poser,
Et que vous devez impérativement le respecter. pour permettre au dernier intervenant de s’exprimer.
La parole est à Monsieur Duconnard. Monsieur Duconnard se lève , saisit un micro en tête de rangée,
Et commence, quelques feuilles à la main, une grande litanie, par moments un peu alambiquée.
" Merci Monsieur le Président. Monsieur le Premier Ministre, messieurs les Ministres, mes chers collègues,
Ma question s’adresse plus particulièrement à Monsieur le Ministre de la Santé, sur les bègues
Ils sont nombreux en France à ne pas pouvoir, les malheureux, s’exprimer correctement,
Il n’existe à ma connaissance pour ceux-ci, qui ont besoin de soins spécifiques, aucun établissement……
Interrompu souvent par le président " Monsieur le député, posez votre question !",visiblement agacé.
La question enfin posée : " Que comptez-vous faire à ce sujet ? ",le Ministre répond avec un certain doigté,
" Merci Monsieur le député Duconnard de poser cette question, je vous rassure tout de suite franchement,
Elle n’a pas échappé au gouvernement ,qui l’étudie actuellement ,elle sera solutionné prochainement ! ! "
Ainsi les questions et les réponses, défilèrent avec chacun des ministres présents à toute vitesse
Sans aucun intérêt ,car pour la plupart ,déjà largement relatées et commentées dans toute la presse,
Dans le même style ,semblant être dans aucun doute par les intéressés , toutes connues à l’avance,
Manifestement jugées par la majorité des députés présents sans importance,
Toujours interrompues par le rappel du président" Monsieur le député poser votre question ",
Ou par une remontrance à un député ,debout sur son banc ,vociférant son indignation,
Se comportant comme un étudiant contestataire ,dans une réunion de grévistes ,un peu éméché,
Grimaçant et gesticulant sans aucune retenue comme un forcené ,
Sans que l’on puisse entendre ses propos ,n’ayant heureusement pas de micro à sa disposition,
Interrompant le pauvre orateur, déjà bien emberlificoté dans son allocution.
Le Président imperturbable ,s’évertue à faire taire plusieurs fois ce curieux manifestant ,
En tripotant les deux micros posés sur son bureau ,et à plusieurs reprises lui criant :
" Monsieur le député Duchnock asseyez vous ça suffit comme ça. ! ! poursuivez Monsieur le député, "
Naturellement peu de députés écoutent ,complètement étrangers au débat, chacun fortement occupé :
L’un s’est endormi paisiblement sur son banc, d’autres lisent leur journal où noircissent des feuilles de brouillons
Peut-être préparent-ils les discours à faire pour une prochaine inauguration dans leurs circonscriptions ! !
D’autres en se gaussant, se murmurent à l’oreilles des propos sans doute marrants.
D’autres baillent ,où lassés, préfèrent quitter l’hémicycle ,en étant manifestement trop bruyants.
Le président intervient en leur lançant, " vous pouvez partir mais s’il vous plait faites le en silence "
Puis il regarde sa montre ,car le temps passe , il semble perdre son imperturbable patience
" Monsieur le premier Ministre, Messieurs les Ministres Messieurs les Députés , La séance est terminée,
Je vous remercie " et tout ce beau monde quitte alors en plaisantant et bruyamment l’Assemblée.
Monsieur Labouze partit aussi, un peu bousculé par toute " la volaille "du " poulailler " et un peu désabusé
Etonné de telles " gaugnes " ,croisa vers la sortie son " Ami " député ,l’air préoccupé et toujours très pressé.
Qui lui lança s’en s’arrêter un grand ," BONJOUR CHER AMI ,vous avez fait un bon séjour ?, à bientôt "
Sans même attendre sa réponse, alors qu’il n’avait certainement nullement l’envie de le voir de sitôt,
Sinon avant les prochaines élections ,pour chanter ses louanges afin de récolter quelques suffrages,
Pour faire à nouveau partie des membres de cette assemblée faite de curieux personnages.
M.Labouse regagna son patelin ,pour y retrouver tous les emmerdements quotidiens qu’un petit maire
D’une petite commune rurale ,doit solutionner seul, sans le concours d’aucun intermédiaire :
Le ruisseau qui avait débordé vers chez la Jeanne et qu’il fallait faire curer,
Le fils du Justin tombé de son tracteur, une jambe brisée, qu’il fallait à l’hôpital emmener,
La femme du Louis sur le point d’accoucher sans moyen de transport pour aller à la maternité,
Un coq qui avait disparu ,sans doute volé par un quidam par son chant matinal gêné.
Plus de poste, plus de gare ,plus de médecin ,plus de curé ,plus d’épicerie ,plus de bistrot, plus de vétérinaire,
Une très longue liste de tous ses soucis de tous les jours et de ses responsabilités, on pourrait sans fin la faire :
Dans son petit village qui progressivement se vidait de ses habitants ,complètement ignoré,
Par tous ces " Monchus "indisciplinés de l’Assemblée où siégeait en grande pompe son " Ami, " le député.
Sans ressources financières, sans subventions pour faire toutes les réparations urgentes ,
A son église désertée, à sa mairie vieillissante, bâtiments communaux délabrés et voués à des morts lentes,
Complètement écœuré et dégoûté par la comédie picrocholine à laquelle il avait assisté, il prit la ferme décision
De ne pas solliciter le renouvellement de son mandat à la prochaine élection.
Moralité
Chacun se dit ami :mais fou qui s’y oppose ;
Rien n’est plus commun que le nom,
Rien n’est plus rare que la chose
(La Fontaine)
Petit dictionnaire
Monchu :Grand Monsieur -Notable
Boîton : Petit local pour cochon
Picrocholine :Conflit entre des institutions souvent burlesques, au motif insignifiant